Jaffar Hyères

14 janv. 2010

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Hyères, Var

Images du Patrimoine

Extraits

Texte: François Fray, Geneviève Négrel

Photographies: Françoise Baussan, Marc Heller, Gérard Roucaute

Cartes et relevés: Nathalie Pégand

Édité par l'Association pour le Patrimoine de Provence

Ces extraits sont à l'usage exclusif de notre famille

«Au-dessous de la fenêtre, commencent les jardins d'Hyères qui seraient beaucoup mieux nommés une forêt d'orangers, de grenadiers et de citronniers; la vue se termine par la mer où on distingue parfaitement les bâtiments dessus : elle est à perte de vue sur la gauche, mais vis-à-vis sont les îles de Port-Cros et autres, qu'on nomme vulgairement les îles d'Hyères, (...). Il n'est pas possible d'avoir une plus belle vue et plus agréable.»

C'est ainsi que Diane de Vichy nous décrit la vue de sa chambre d'hôtel (hiver 1767-1768). C'est le début du renouveau pour Hyères, petite ville de 5 000 habitants, qui prospérait pendant tout le Moyen Âge grâce au commerce du sel.

L'engouement des voyageurs était dû à la beauté de ses paysages et à un environnement végétal d'exception favorisé par un climat particulièrement tempéré.

 

Diversité des paysages et douceur du climat

Avec 13 000 hectares environ dont 3 000 hectares d'îles, Hyères est la plus grande commune de France. Elle est située sur la partie occidentale de la cote varoise, où elle arrive, avec plus de 50 000 habitants, au troisième rang derrière Toulon et La Seyne-sur-Mer.
Le territoire hyérois, qui s'étend sur trente kilomètres du nord au sud, présente une diversité de paysages s'expliquant par plusieurs systèmes d'opposition :
bulletzone de contact entre la Provence cristalline et la Provence calcaire,
bulletreliefs et plaine de type lagunaire,
bulletzones sèches et zones humides,
bulletzones de forêts et de cultures intensives,
bulletzone continentale et insulaire.
 

Le nord de la commune constitue l'extrémité occidentale du massif cristallin des Maures. Trois collines, délimités par les vallées de Sauvebonne et des Borrels, sont du nord au sud, les hauteurs des Bertrands et du Surlier, puis du chapeau de Gendarme. Elles constituent une succession de lignes de crêtes orientées est-ouest, culminant aux alentours de 300 mètres et dominant d'étroits vallons empruntés par des ruisseaux issus de sources ou d'eaux de ruissellement. Seul le vallon des Borrels, d'une largeur de 300 à 750 mètres, constitue sur six kilomètres une véritable plaine plantée de vignes et jalonnée de trois hameaux. A leur extrémité occidentale, les Maures dominent ici la vallée du Réal Martin, dite de Sauvebonne. Le troisième ensemble de collines et le plus au sud, est celui des Maurettes qui s'étend sur cinq kilomètres d'ouest en est, deux kilomètres du nord au sud et culmine à 293 mètres au Fenouillet. C'est sur son rebord sud, à 199 mètres d'altitude que fut édifié le bourg castral du Xe siècle.

Le sud de la commune est le domaine des basses terres. C'est, à l'ouest, l'ancienne vallée du Gapeau. Cette vallée est aujourd'hui empruntée par le Roubaud au cours très incertain. C'est une zone d'agriculture intensive depuis le XVe siècle avec l'aménagement du canal du Béal.

 

Toute la plaine orientale est un territoire de type lagunaire. Derrière un cordon littoral d'une dizaine de kilomètres, de l'estuaire du Pansard à Hyères-Plage, s'étendent des zones humides bénéficiant des apports alluviaux du Gapeau. Au Nord, ces zones furent drainés et misent en culture intensivement dès le Moyen Age. Au Sud (Ceinturon, Palyvestre) les zones restent sauvages et marécageuses jusqu'au début du XIXe siècle, lieu de pacage des troupeaux de moutons et de chèvres. Elles émettaient des odeurs fétides qui remontaient l'été jusqu'à la ville.

De ces anciennes zones humides subsistent les Vieux Salins qui, depuis l'Antiquité, constituent un mode important d'occupation du territoire. C'est du latin areae, aires salantes, que Hyères (Eyras au Xe siècle) tirerait son nom. Les salines de l'embouchure du Gapeau sont attestées depuis 963 comme propriété de l'abbaye de Montmajour, puis, à la fin du XIe siècle, de la famille de Fos, seigneur d'Hyères. En 1259, Charles 1er d'Anjou établit son monopole sur les grands ports du sel. Les Salins d'Hyères, alors troisième centre de production en Provence après Fos et Berre, sont le lieu d'un commerce florissant ou les navires génois viennent échanger la quasi-totalité de la production contre diverses denrées, jusqu'au XVIe siècle où s'exerce alors la concurrence de l'Espagne et du Languedoc. Les représentations du XVIIIe siècle montrent les salins entourés de remparts avec des canaux, des magasins et des habitations d'ouvriers. La décision d'y établir un port de la marine vient alors compléter cette activité. La production a été arrêtée en 1994 et les Salins attendent une nouvelle utilisation.

Pays de plaine, Ie sud est cependant dominé par deux belvédères calcaires: Ie Mont des Oiseaux (241 mètres) et Costebelle (101 mètres).

 

Un dixième du territoire d'Hyères est insulaire. C'est un véritable archipel de seize îles ou îlots, éloigné de deux à dix kilomètres de la côte et qui s'étend sur une distance de trente kilomètres.

Les plus importantes sont Porquerolles, Port-Cros et Le Levant auxquelles il faut ajouter Giens, rattachée au continent par un double tombolo. Le phénomène géographique du tombolo est relativement banal: des courants marins entraînent des alluvions vers des hauts-fonds où ils se déposent, amenant la constitution d'une flèche sableuse. L'originalité de celui de Giens est son redoublement qui pourrait être dû au changement de cours du Gapeau. Les deux cordons ont délimité un grand étang, lieu de pêcheries puis de nouveaux salins à partir du milieu du XIXe siècle.

 

Giens et les îles font partie de l'ensemble cristallin des Maures. Elles se signalent par un relief accidenté (point culminant allant de 118 mètres pour Giens à 199 mètres à Port-Cros) de quartz et de micaschiste. Les côtes nord, sauf au Levant, y présentent un relief moins accusé, avec des plages, alors qu'au sud des falaises abruptes dominent la mer.

C'est à Hyères que Stéphen Liégeard aurait inventé en 1887 l'expression «Côte d'Azur». Elle serait donc la première ville de la Côte d'Azur, historiquement et géographiquement, lorsqu'on arrive du nord. Depuis la fin du XVIIIe siècle, les déclarations les plus élogieuses s'étaient multipliées concernant I'exceptionnelle douceur de ce qui serait un «microclimat» hyérois. On peut constater qu'avec des moyennes hivernales de 8-9° et une pluviométrie plus faible que celle de la côte niçoise, la station jouit de bonnes conditions climatiques. C'est le climat d'une ville située à l'extrême sud de la côte méditerranéenne (les îles sont à 43° de latitude comme le cap Corse ou Florence) et bien abritée des vents du nord par les Maurettes.

La végétation naturelle, et surtout importée, a trouvé là un environnement très favorable à son développement. La flore des collines est de type méditerranéen. La forêt couvre encore 35 % du territoire. Il s'agit, sur les terrains siliceux du nord et des îles, d'un maquis où se mêlent chênes-lièges, chênes verts, pins d'Alep, arbousiers, bruyères arborescentes, cistes, myrtes et lavandes d'Hyères. Les terrains sableux de l'hippodrome, de la Capte et de Giens semblent bien convenir aux pins parasols. A cette végétation se mêlent des essences plus exotiques comme eucalyptus, mimosas, agaves... qui contribuent à la qualité du paysage.

Parmi celles-ci on peut en distinguer deux qui ont notablement marqué l'environnement hyérois. Ce sont l'oranger et le palmier.

Les orangers et autres producteurs d'agrumes (citrons, cédrats, etc.) sont mentionnés dans des descriptions faites lors de la visite de Charles IX en 1564. Au XVIIe siècle, les jardins d'orangers et de citronniers fournissent la cour de Louis XIV. L'exportation vers les autres régions de France ou vers l'étranger reste une des ressources majeures jusqu'au milieu du XIXe siècle, où la difficulté de cette culture, ruinée à chaque hiver trop rigoureux, jointe à la concurrence des colonies entraînent la reconversion des orangeraies en jardins horticoles.

Sous nos latitudes le palmier est cultivé à des fins uniquement décoratives. Une espèce indigène de palmier nain (chamaerops humilis) est mentionnée dès le XVIe siècle. Le grand développement de la culture du palmier a lieu au XIXe siècle avec la multiplication des espèces rapportées par les botanistes qui accompagnent les expéditions coloniales. Des plantations systématiques agrémentent les nouveaux espaces publics. Une place, puis une avenue et une rue prennent le nom de cet arbre. Depuis 1881, les différentes municipalités proposent de nommer la ville Hyères-les-Palmiers et le phoenix des Canaries qui symbolise la Cote d'Azur est parfois appelé palmier d'Hyères. Favorisée par la demande liée au développement de la villégiature, la culture du palmier devient très lucrative. On compte vingt-trois «palmiéristes» au début du XXe siècle. Les trois gros producteurs actuels font de Hyères le premier exportateur européen.

 

Un territoire anciennement habité

Préhistoire et Antiquité

Les plus anciennes traces d'occupation remontent à la préhistoire comme en témoigne un ensemble de roches gravées sur la colline du château. On trouve également des gisements archéologiques des troisième et deuxième millénaires sur les îles, attestant la présence de lieux de mouillage de pécheurs du littoral. Plus important, l'oppidum de Costebelle nous donne un exemple d'un habitat du IVe siècle av. JC de type «éperon barré».

Avec la fondation d'Olbia par les Massaliotes à la fin du IVe siècle av. JC, Hyères entre dans l'histoire. Pour assurer la liberté de navigation et se défendre des attaques des Salyens et des Ligures, Marseille fonde des places fortes, dont Olbia qui surveille le passage de la rade de Toulon à celle d'Hyères. Le tombolo présente vraisemblablement encore à cette époque un chenal à la base nord des flèches. Établissement de plan carré, entouré de fortifications jalonnées de tours, la cité abrite jusqu'à 2 000 personnes (soldats, marins, agriculteurs), dans des habitations toutes identiques ordonnées selon un urbanisme régulier. Les vestiges de cette cité, que l'on a longtemps pris pour ceux de la Pomponiana romaine de l'Itinéraire maritime d' Antonin (manuel d'instructions

nautiques qui pourrait dater du IIIe siècle), ont commencé à être fouillés au milieu du XIXe siècle mais n'ont fait l'objet d'une véritable approche scientifique qu'après la fin de la deuxième guerre mondiale.

Après la chute de Marseille en 49 av. JC, Olbia se romanise et devient un petit centre de services pour la campagne environnante avec boutiques et thermes. Mais, à l'écart des grands itinéraires routiers de la Narbonnaise, elle se dépeuple progressivement et le site semble abandonné vers le VIe siècle. De l'époque gallo-romaine, le territoire hyérois garde d'autres traces. À Porquerolles, les vestiges repérés à l'emplacement du village actuel pourraient être, en fait, ceux de Pomponiana, base navale du 1er siècle av. JC, devenue un véritable village au cours du 1er siècle de notre ère et occupée jusqu'au Ve siècle. Les trois îles portent la trace d'une mise en valeur agricole avec la fondation de villae, villae que l'on trouve également sur le continent, dans les vallées du Gapeau et du Real Martin. A Giens, la villa maritime de la Tour-Fondue était à la fois une exploitation agricole et un lieu d'accueil pour les passagers des bateaux qui faisaient escale.

Moyen Âge

Le Moyen Âge est marqué par la fondation au Xe siècle du bourg castral sur la colline qui devient Ie nouveau site du développement urbain. A la fin du XIIIe siècle, un autre château est construit à Giens lorsque se constitue la petite seigneurie de la presqu'île donnée par le comte de Provence Charles 1er à son médecin Raimond Othobon. Les antiques domaines ruraux sont toujours cultivés tandis que des moulins à blé s'édifient le long du Gapeau.

Le territoire est peu à peu occupé par les fondations religieuses. La plus importante est le monastère de Saint-Pierre-de-l'Almanarre fondé entre 1219 et 1223 sur l'ancien site d'Olbia, ou se trouvait déjà une église bénédictine. Cette abbaye de moniales cisterciennes venues de Saint-Pons de Gémenos s'inscrit dans le courant

 d'expansion du monachisme féminin en Provence au début du XIIIe siècle. En 1250, une bulle d'Innocent IV décrit I'abbaye et ses biens: « maisons, jardins, terres, vignes, salines...». Elle abrite alors trente-deux religieuses. A la fin du XIVe siècle, poussées par l'insécurité du temps, les moniales sont transférées à l'intérieur de la ville dans le nouveau couvent Saint-Bernard. Lors des fouilles réalisées à l'Almanarre ont été dégagés les vestiges d'une église à deux vaisseaux et une partie d'un cimetière. Au XIIIe siècle, Hyères compte dix églises rurales réparties sur l'ensemble du territoire, dont une chapelle Saint-Michel à l'emplacement de l'actuelle Notre-Dame-de-Consolation. Dans les îles, on note un couvent de cisterciens au Levant et des franciscains à Porquerolles.

La période moderne

Du XVe siècle jusqu'à la fin du XIXe siècle, la mise en valeur du territoire communal est essentiellement liée à l'agriculture.

Le creusement du canal du Béal à partir de 1458, est un tournant dans la mise en valeur des terres. Jusqu'à cette époque, les seules terres véritablement exploitées étaient les plaines du nord et de l'est, bassins du Gapeau et du Réal Martin, naturellement riches en alluvions et facilement irrigables. Ces rivières faisaient également tourner des moulins à blé trop éloignés de la ville. L'association de deux hommes, de Limans, un notable hyérois, et Jean Natte, un ingénieur génois, est à l'origine de la construction d'un canal de dix kilomètres amenant l'eau du Gapeau, captée en amont de la ville, jusqu'à la ville basse où elle alimente des moulins et permet d'irriguer la plaine occidentale. Le Béal a continué à assurer sa fonction d'arrosage jusqu'à l'arrivée du canal du Verdon à Hyères en 1975.

Cette mise en culture ne semble pas cependant avoir été accompagnée, jusqu'au XVIIIe siècle, par la construction d'un habitat dispersé important. Pendant la Régence et bien que depuis deux siècles la région soit devenue plus sûre, la crainte des incursions de pirates n'engage pas encore à s'établir au-delà des fortifications. En revanche, sur la carte de Cassini (deuxième moitié du XVIIIe siècle), on observe que, mises à part les zones de collines et de marais, le territoire d'Hyères est déjà fortement peuplé : vallée du Gapeau à l'est, du Roubaud et du Béal à l'ouest.

La vallée de Sauvebonne, où coule le Réal Martin, au nord de la commune, constitue un exemple original de valorisation agro-industrielle au XVIIIe siècle. Ces terres alluviales riches étaient cultivées dans l'Antiquité et au Moyen Age. On y a trouvé des vestiges de villae romaines et des mentions d'établissements templiers. Au XVIIIe siècle, le sud de la vallée appartient à la famille de Gardanne, vraisemblablement établie ici depuis le XVe siècle. Les terres du nord sont achetées vers 1740 par Jean Aurran, avocat originaire de Cuers (Var). A partir de 1746, celui-ci met en oeuvre un plan d'aménagement hydraulique comprenant la construction de barrages et de canaux à partir du Réal Martin. Cette oeuvre est poursuivie par ses descendants jusqu'en 1819 et, en 1881, une convention toujours en vigueur est passée entre les différents utilisateurs. Cet aménagement permet la constitution de grands domaines agro-industriels où se côtoient terres plantées d'arbres fruitiers (pêchers), vignes, noisetiers, mûriers et forêts dont le bois alimente une scie à eau. On y pratique aussi l'élevage des vaches, chevaux et moutons. Au fil des années, les bastides s'édifient le long de la vallée pour y loger les descendants de Jean Aurran. Elles sont agrémentées de parcs plantes d'essences exotiques et de bambouseraies.

Les adductions d'eau permettent l'aménagement de bassins et d'étangs. Un guide pour les voyageurs définit en 1834 Sauvebonne comme une «magnificence de l'industrie agricole». Cette communauté familiale donne naissance à un hameau en finançant une première église en 1836, rebâtie en 1879 et complétée par une école en 1885.

Les abords de la ville sont nommés sur la carte de Cassini «jardin d'Hyères» et sont plantés d'orangers, d'arbres fruitiers et de cultures maraîchères. Plus loin on trouve les cultures pratiquées depuis l'Antiquité : céréales, vigne et oliviers mais aussi des ferrages (terres à fourrages) en direction de la mer. À la même époque, Achard dans sa Description historique (...) des villes (...) de Provence (1788) écrit que «Le sol est fertile et les productions sont précoces. On y recueille des les premiers jours de mars des petits pois, des fèves, etc. Les orangers, les citronniers y viennent en pleine terre et ont fait surnommer les vergers Le Jardin des Hespérides.» Ces observations sont confirmées par les voyageurs du XIXe siècle. Dans les années 1870, les orangeraies et oliveraies sont reconverties en jardins horticoles. Les nouveaux engrais et l'usage généralisé de l'irrigation favorisent l'extension de la culture des fruits et des primeurs. Ces cultures emploient principalement une main d'oeuvre féminine venue du Piémont. Les productions saisonnières (fraises, artichauts, haricots verts, choux-fleurs, violettes) alimentent la capitale par des trains quotidiens, entraînant le développement autour de la gare d'un quartier dont l'activité est essentiellement centrée sur la commercialisation des produits agricoles.

Aujourd'hui Hyères demeure un grand centre de production de primeurs mais est surtout l'un des lieux les plus importants de la cote méditerranéenne pour les fleurs coupées produites en serres chauffées. La viticulture (vins des côtes-de-Provence) est surtout le fait des grands domaines de la vallée du Gapeau.

Avec l'agriculture et les salines, la pêche représente le troisième facteur de dispersion de l'habitat à la période moderne. Des lettres patentes de 1651 permettent aux Hyérois de construire des maisons au bord de mer. Au cours du XVIIIe siècle des hameaux de pécheurs s'établissent à Giens, aux Pesquiers, à La Capte et à Port-Pothuau. Il faut également signaler les établissements de pêche au thon de la Madrague de Giens.

 

Les îles d'Or

Aux portes de Toulon, les îles d'Hyères forment un arc de cercle en avant de la côte, au-delà de la presqu'île de Giens : d'ouest en est on trouve le Petit et le Grand Ribaud, le Petit Langoustier, Porquerolles, Bagaud, Port-Cros et le Levant. Certaines culminent à près de 200 m.

Les îles d'Hyères prirent différents noms au cours de l'histoire. Du VIe siècle av. J-C au XIIe siècle de notre ère, elles sont mentionnées sous leur nom grec de Stoechades, «les alignées». A partir du XIIIe siècle, elles deviennent Insulae Arearum (les îles d'Hyères). Le nom d'îles d'Or apparaît en 1531 dans des lettres patentes de François 1er octroyant à Bertrand d'Ornezan, général des galères, un marquisat dit des «îles d'Or», avec pour mission de défendre l'archipel contre les Maures et les troupes de Charles Quint. Cette appellation pourrait venir d'un jeu de mots entre Insulae Arearum (îles d'Hyères) et Insulae Aureum (îles d'Or). C'est ainsi que les îles sont encore désignées sur la carte de Cassini (deuxième moitié du XVIIIe siècle). Bien que non officielle, cette appellation connaît un nouveau succès avec le développement de la villégiature, époque de création de toponymes en accord avec un imaginaire poétique.

Souvent escarpées, surtout dans leur partie sud, et séparées par des passes de largeurs différentes, elles couvrent face au large le vaste plan d'eau de la rade d'Hyères. Bien abritée des vents et profonde d'une centaine de mètres, celle-ci prend à partir du XVIIe siècle une importance croissante pour la marine de guerre et devient une zone idéale de concentration des escadres. Mais dès le Moyen Age et jusqu'à la prise d'Alger en 1830, les îles sont soumises, par leur isolement, à la menace chronique des descentes des pirates barbaresques et d'autres pillards. Aussi est-ce sans doute pour protéger les populations que sont édifiés le château de Porquerolles et à Port-Cros le fort du Moulin, attribués à François 1er, car ils figurent dans l'atlas du duc de Savoie Emmanuel-Philibert, antérieur à 1580, conservé à Turin. Les choses en restent là, tandis qu'Henri IV agrandit et fortifie Toulon, premier pas vers son destin de grand port de guerre. Richelieu, qui attendait le moment favorable pour engager la France dans la guerre de Trente Ans, confie en 1633 une mission d'inspection des îles à Henri de Seguiran. Son rapport favorable à leur fortification est un indice de l'absence de défenses autre que les deux «châteaux». En effet, l'atlas de l'ingénieur Jean de Beins contenait bien en 1629 des projets précis de grands ouvrages bastionnés pour le Langoustier, le Grand Ribaud, clé de la petite passe, et pour Port-Cros (l'Eminence), mais ils n'avaient pas été exécutes. Peu après, l'atlas dit de Louis XIII, antérieur à 1643, donne la représentation des forts tels que nous les connaissons aujourd'hui. C'est donc entre 1634 et 1643 qu'ont été construits les sept «forts» des îles (Grand et Petit Langoustier, l'Étoile, et l' Alycastre à Porquerolles, l'Estissac, l'Éminence et Port-Man à Port-Cros), concrétisant la volonté du Grand Cardinal et la promotion stratégique de la rade et des îles d'Hyères. La plupart sont des tours rondes à canons, aux étages voûtés en coupole, avec batterie à ciel ouvert. Quelques autres, de plan carré et d'élévation pyramidale, ont un rez-de-chaussée aveugle. Ils portent aussi une batterie à ciel ouvert avec un parapet d'infanterie crénelé. Tous avaient à l'origine une enceinte ou fausse-braie mi-tenaillée mi-bastionnée en étoile, avec un fossé creuse dans le roc. Certains formaient ensemble de véritables centres de résistance, tels ceux de la pointe du Grand Langoustier.

II faut ajouter à ces forts la redoute du Pradeau, dite Tour Fondue, à la pointe de la presqu'île de Giens, là où les tours aujourd'hui ruinées de l'île de Ribaudas, aujourd'hui dite du Grand Ribaud, la tour Balaguier édifiée en 1636 à Toulon, nombre de tours dites sarrazines (Graillon, les Embiez, Malpagne, etc.) et deux autres tours portant la mention «à faire» sur les cartes, anciennes ou actuelles, mais restées en projet, pour se faire une idée plus juste du système de protection du littoral. Cet ensemble défensif s'apparenterait au système des 90 tours «génoises» de Corse, mais beaucoup plus vaste, plus moderne et plus puissant.

A cette phase d'intense activité succède un siècle et demi de stagnation. Outre le péril constant de la piraterie, l'archipel est impliqué dans l'invasion de la Provence par le duc de Savoie en 1707, puis dans les guerres de succession d'Autriche de 1741 à 1748 et de Sept Ans à partir de 1756. En 1743, l'escadre anglaise de l'amiral Matthews utilise la rade comme mouillage sans rencontrer, semble-t-il, beaucoup d'opposition. En tout cas, Vauban ne peut venir sur les lieux en raison de vents contraires et n'y propose rien. Tout au long du XVIIIe siècle, les maigres crédits ne permettent que des travaux d'entretien ou d'améliorations mineures. En 1792, les forts sont réputés en très bon état lorsque s'ouvrent les guerres de la Révolution.

L'année suivante, les îles sont occupées par surprise lorsque Toulon se livre aux Anglais qui, à leur départ, incendient ou font sauter les forts. Réoccupés, ceux-ci sont sommairement remis en état et réarmés, au moment où Bonaparte est chargé d'une mission d'inspection de la défense des côtes. Une fois empereur en 1804, celui-ci inclut les îles dans le vaste programme de réorganisation lié au blocus continental. Au total, de 1794 à 1815, quatorze nouvelles batteries sont créées, les forts les moins endommagés réparés, améliorés ou reconstruits, mais, faute de moyens, beaucoup de travaux restent inachevés à la chute de l'Empire. En 1815, la défense des côtes est mise en veilleuse pour trente ans.

Sous la menace d'un nouveau conflit, la Monarchie de juillet crée en 1841 une commission chargée de repenser complètement le problème sous l'égide du maréchal Soult, ministre de la Guerre. Bien que resté inachevé, le travail exécuté sur ses indications de 1846 à 1862 est considérable: réexamen de tous les sites, résorption de la prolifération des ouvrages, uniformisation des trois modèles de pièces d'artillerie, normalisation de six plans-types de «corps de garde défensifs» adoptés en 1846 comme réduits dans les ouvrages isolés dotés paradoxalement d'une allure de petit château, abandon sur les îles d'un certain nombre de batteries antérieures jugées inutiles et remaniement de huit autres batteries.

A partir de 1858 l'apparition de l'artillerie rayée et des navires cuirassés à vapeur fait interrompre ce programme dès lors obsolète. Après 1870, une nouvelle sous-commission reprend le problème sous l'égide du Comité de Défense, dont le secrétaire est le général Raymond Sere de Rivières. De nouvelles pièces de canon portent désormais à dix kilomètres et permettent de couvrir la rade à partir de sites bien choisis : on construit de nouvelles batteries fermées à Repentance, sur l'île de Porquerolles, et on transforme en véritable citadelle le fort de l'Éminence. A partir de 1880 les ouvrages antérieurs sont déclassés et abandonnés. En 1885, l'invention de l'obus torpille impose de nouveaux équipements, notamment souterrains.

A la veille de la Grande Guerre, l'alliance franco-anglaise assure la suprématie navale, au moins en surface, en dépit du vieillissement des dispositifs. Les gros canons de côte étant expédiés sur le front du nord-est, les îles,

désarmées, deviennent les points d'amarrage du système de protection anti sous-marin de la rade. Après 1918, la défense des cotes est attribuée à la Marine qui élabore un nouveau programme de batteries, réalisées à partir de 1930, avec la mise en cuves bétonnées de canons provenant de navires rayés de la liste.

Tombés aux mains des Allemands en novembre 1942, ces ouvrages, ainsi que le fort de l'Éminence, subissent en août 1944, le tir des cuirassés «Lorraine» et «Ramillies» qui appuient le débarquement allié en Provence. Avec l'enlèvement des derniers matériels après 1945, se termine la vie active des ouvrages des îles d'Hyères. L'ère du patrimoine commence.

Parties prenantes du système fortifié protégeant la côte méditerranéenne, les îles ont donc toujours connu une vocation militaire qui en font, au XIXe siècle, de véritables «îles casernes». A Port-Cros, le hameau militaire (port actuel) est pratiquement la seule zone peuplée de l'île. A Porquerolles, Ie village est crée vers 1840 pour des vétérans. L'insularité suscite dès le XVIIe siècle une fonction de lazaret. A Port-Cros, 15 000 soldats de l'infanterie coloniale peuvent être accueillis dans un camp de toile pour y passer les six jours d'isolement réglementaires. Porquerolles accueille les convalescents de la guerre de Crimée dans un refuge sanitaire qui fonctionne jusqu'à la fin de la guerre de 1914-1918. Transformé en hôpital marin pour enfants de 1921 à 1943, il est aujourd'hui entièrement remanié et aménagé en centre de vacances des armées.

L'isolement de ces îles peu peuplées explique aussi l'installation de deux colonies pénitentiaires pour enfants. Au Levant, le pénitencier de Sainte-Anne est créé en 1861 par le comte de Pourtalès, propriétaire de l'île. Il concentre 300 enfants dans un véritable village à vocation agricole, inspiré de l'urbanisme utopique mais où des conditions de vie particulièrement dures entraînent une très forte mortalité. Cette raison amène l'administration pénitentiaire à le supprimer en 1878. Il n'en subsiste actuellement que des caves voûtées, situées dans le périmètre militaire, et qui auraient été utilisées comme cachots.

A Porquerolles, c'est Léon de Roussen qui met en place en 1881, en liaison avec l' Assistance publique de la Seine, une colonie agricole axée sur la culture de la vigne, des céréales et des arbres fruitiers. Les 90 adolescents de 12 à 20 ans sont regroupés à l'extrémité ouest de l'île mais doivent travailler dans tous les lieux de culture. Les déplacements quotidiens très longs et la frugalité de la nourriture entraînent des révoltes. Cette colonie, véritable bagne, est supprimée en 1886.

De la même façon que la société isolait ses membres gênants, elle reléguait aussi en des lieux écartés ses industries les plus nocives. En 1810, une loi fait obligation d'installer les activités les plus polluantes à l'écart des villes. C'est le cas de la fabrication de la soude qui provoque des émanations de gaz chlorhydrique très toxiques. Port-Cros (de 1817 aux environ de 1830) et Porquerolles (de 1827 à 1875) font les frais de tels établissements. Les deux usines sont installées par des industriels marseillais qui trouvent sur place la matière première (le sel), le combustible (bois) et des facilités d'acheminement direct par bateaux vers les savonneries de Marseille. Elles ont laissé des traces visibles dans le paysage : plage noire du Langoustier, déforestation.. .

L'agriculture semble avoir été porteuse d'un développement plus positif. Là encore les îles d'Or font preuve d'un particularisme dans les modes de mise en valeur. Si l'Antiquité avait laissé des traces de villae sur les trois îles, les cultures semblent avoir été abandonnées dans les époques suivantes, vraisemblablement pour des questions d'insécurité. Au début du XIXe siècle, les îles sont quasiment vides de toute population civile. Le renouveau se fait dans la deuxième moitié du siècle sous l'impulsion de personnalités fortes. A Porquerolles, Léon de Roussen défriche et met en culture les plaines de l'île, d'abord grâce à la main d'oeuvre peu coûteuse du pénitencier, puis avec des ouvriers agricoles rémunérés. A la suite de difficultés financières, l'île est mise en vente en 1910. Elle est rachetée en 1912 par François Fournier qui avait fait fortune au Mexique. Né en Belgique et jeune époux de la fille d'un grand médecin anglais de la Cote d'Azur, il était venu avec celle-ci en villégiature à Porquerolles et Ie couple avait été séduit par cette île à vendre. lis s'installent en tant que propriétaires terriens et administrent Ie domaine «à la mexicaine», comme une hacienda, sur un mode paternaliste. La ferme qui existait à proximité du village est agrandie et modernisée. Elle devient un véritable hameau regroupant maison de maître, maison du régisseur, ateliers et dépendances agricoles. Elle est alimentée par une usine électrique fonctionnant au charbon de bois. Les ouvriers, essentiellement d'origine italienne, sont au nombre de 150 à 200 selon les époques et tous les corps de métier nécessaires au fonctionnement d'un ensemble autarcique sont représentés. Pour les loger, Fournier fait construire des maisons mises à leur disposition gratuitement. Ils bénéficient également d'un lopin de terre personnel, d'une caisse pour les accidents de travail, d'un médecin, d'une école, d'une chapelle, de cadeaux pour les enfants à Noël. En contrepartie, ils ne reçoivent qu'un faible salaire.

La culture principale est la vigne mais aussi les roses en serre, les pamplemousses, les mandarines, les légumes. On y pratique aussi I'élevage des cochons, des moutons et des vaches. En 1929, est construite une cave moderne, I'une des plus grandes du Var, avec des chais d'embouteillage. Elle produit du vin pour la consommation locale et I'exportation. Ce fonctionnement se maintient jusqu'à la mort de François Fournier en 1935.

Actuellement, I'agriculture est surtout Ie fait du Conservatoire botanique national méditerranéen qui a pour mission la sauvegarde de la biodiversité des espèces méditerranéennes sauvages ou cultivées, mises en danger par la normalisation des cultures. Une banque de graines stocke les espèces menacées et de nombreuses variétés de fruits sont cultivées.

A Port-Cros, Ie comte de Noblet, propriétaire de l'île et agronome, décide, vers 1870, la création de fermes pratiquant la culture de la vigne, du mûrier et I'élevage des moutons et des chèvres. Compte tenu des difficultés d'approvisionnement en eau nécessitant des aménagements (aqueduc, retenues, canalisations), cette mise en valeur ne connaît pas grand succès. Seules les plaines côtières du Manoir et de la Palu sont durablement cultivées, Ie propriétaire suivant, Ie marquis de Costa Beauregard, préférant louer ses terres pour la chasse. L'île de Port-Cros est constituée en Parc national depuis 1963. Celui-ci gère également les espaces naturels de Porquerolles et administre Ie Conservatoire botanique.

Au Levant, si I'on excepte la colonie agricole pénitentiaire, l'agriculture fut inexistante compte tenu du manque de terre cultivable. Toutefois c'est avec Ie tourisme, à partir des années 1920, que les îles d'Or connaissent leur véritable développement.

 

La ville dans ses murs

La ville, perchée sur son rocher, est un bourg castral, probablement crée par Pons de Fos lorsqu'il reçoit du comte de Provence la moitié orientale du diocèse de Toulon en récompense de son aide pour l'expulsion des Sarrazins du Freinet en 972. Le développement de l'agglomération semble avoir été très rapide, au point d'éclipser la cité épiscopale de Toulon toute proche. Celle-ci ne peut en effet vivre que de son port, à une époque où le trafic maritime est très réduit. Hyères au contraire bénéficie d'un meilleur emplacement sur le réseau routier terrestre et surtout de la présence des salins.

Cela explique l'intérêt que les comtes de Provence attachèrent toujours à cette place. Jusqu'au milieu du XIIe siècle ils doivent imposer par les armes leur souveraineté aux seigneurs de Fos qui prétendaient s'en affranchir. Mais il faut attendre le milieu du XIIIe siècle pour que le comte Charles 1er profite de l'émiettement du pouvoir entre de multiples co-seigneurs. Il met la main sur le château et sur la ville, achève d'établir au cours des années suivantes son monopole sur le sel et fait d'Hyères le chef-lieu d'une baillie.

Au début du XIVe siècle, la ville, avec 825 feux de queste (environ 5 000 habitants), occupe le huitième rang des villes provençales. Elle maintient ce rang au siècle suivant, en dépit de la crise démographique qui affecte toute la région. C'est alors que le glissement de la population vers la plaine, attirée par une topographie plus pratique, a des répercussions catastrophiques : pour protéger les faubourgs qui s'étaient ainsi constitués, on doit édifier une nouvelle enceinte, et en 1408 le comte Louis II crée une rue franche dans ce qui est désormais la ville haute, à moitie désertée, pour inciter la population à y revenir. Peine perdue, en 1471 la ville conserve à peine 1 900 habitants.

A partir du XVIe siècle, la situation géographique et la nature du rivage jouent cette fois contre Hyères. Le développement des activités maritimes renverse la situation et favorise Toulon, choisie par Louis XIV pour abriter la flotte de guerre en Méditerranée. Dès 1698 le poids démographique de Toulon, avec plus de 11 000 habitants, est presque le double de celui d'Hyères. L'écart se creuse au cours du premier quart du XVIIIe siècle, en particulier à cause de l'invasion du duc de Savoie en 1707, qui échoue devant Toulon : de 1728 à 1765 la population d'Hyères passe de 4 600 a 5 350 habitants, ne pouvant plus rivaliser avec celle de sa voisine qui augmente pour sa part de 16 900 a 26 264. Malgré l'arrivée des premiers riches touristes anglais attirés par le climat dès les années 1780, Hyères reste une ville de paysans, d'artisans, d'ouvriers de la soie et des salins et en 1846 le baron Baude peut décrire les moyens d'améliorer l'économie, en étendant davantage l'agriculture, les pêcheries et les salins, sans même citer le tourisme, alors que les séjours d'hiver remplissent les deux hôtels déjà construits en 1830 et les maisons de plaisance répandues dans la campagne.

La ville reste donc enfermée dans ses remparts qu'elle ne déborde guère avant le Second Empire, atteignant alors 10 000 habitants en n'occupant qu'une grosse moitié de la surface circonscrite par l'enceinte du XIVe siècle. Cette absence de développement économique contribue à sauvegarder de nombreux aspects du patrimoine médiéval que l'on peut aujourd'hui découvrir, incrusté parmi les innombrables reprises des siècles de la période moderne.

L'ensemble de la ville haute rassemble de nombreux vestiges épars des habitations construites entre le XIIe et le XVIe siècle : fragments de murs en petit appareil de moellons assisés, portes chanfreinées, portails aux claveaux extradossés, arcs brisés ou en anse de panier, fenêtres jumelées où anciennes croisées témoignent d'un bâti dense et de qualité. Ces constructions peuvent atteindre deux étages sur le rez-de-chaussée. Tel est le cas des deux petites maisons du XIIIe siècle préservées à l'angle de la rue et de la traverse Paradis, avec leurs fenêtres jumelées ornées d'une colonnette, leur porte de remise ou d'étable et celle du logis dans les étages.

D'autres maisons «bien placées», sur des rues sans doute actives et passantes, sont celles de notables ou de marchands.

Une maison de la rue Sainte-Catherine conserve les fragments d'une grande demeure qui illustre les transformations qu'ont pu subir ces constructions depuis 700 ans. Au XIIIe siècle, son propriétaire réunit plusieurs petites parcelles alignées sur cette rue. Au centre de sa façade principale, on reconnaît l'arc de la porte d'entrée (au n° 8) et, au-dessus, une partie du cordon de pierre qui servait d'appui aux fenêtres du deuxième étage. Sur l'arrière, il est possible de voir encore, depuis la rue de l'Oratoire, la façade d'une aile adossée par la suite avec deux niveaux de belles fenêtres jumelées en partie restaurées. Au XVIe siècle, la maison fut partagée à l'issue d'une vente ou d'une succession et perdit à cette occasion des éléments de sa distribution intérieure, notamment son escalier. Chacun des deux nouveaux propriétaires dut procéder à des réaménagements, qui structurent l'édifice jusqu'à nos jours. Celui du n° 8 fit établir une nouvelle porte (datée de 1572) à l'intérieur de l'ancienne et, juste derrière, un escalier en vis, en bois et plâtre. Il réutilisa un fragment lapidaire antique portant l'inscription : Q(VINTVS) ATILIVS Q(VINTI) L(IBERATVS) PREPON SIBI ET SVIS VIVOS F(ECIT), manifestant ainsi l'intérêt érudit pour l'Antiquité romaine qui se répandait à cette époque. Le propriétaire du n° 10 attendit une cinquantaine d'années pour annexer une partie de la maison voisine afin d'implanter un moderne escalier rampe-sur-rampe en bois et plâtre et une nouvelle porte (datée de 1624).

De l'enceinte des XIIIe et XIVe siècles qui protégeait cette partie de la ville il ne reste que les fronts septentrionaux, avec leurs tours et leurs courtines, descendant le long des arêtes rocheuses de part et d'autre des vestiges du château et encadrant les pentes désertées de la colline. La rue Barbacane marque la limite orientale de cette fortification qui s'élevait, telle une impressionnante façade urbaine, avec ses deux portes Saint-Paul et Barruc, au-dessus des faubourgs. Ceux-ci s'étaient agglomérés autour du vieux chemin qui reliait la porte Saint-Paul aux salins et sur le bord duquel s'éleva dès le XIIe siècle la commanderie des templiers (tour Saint-Blaise). Ils constituèrent le noyau de la ville basse. Le chemin finit par prendre le nom de Grande-Rue jusqu'à la porte des Salins ou porte de la Rade. Son parcours est aujourd'hui emprunté par la rue délaissée du Repos, puis par la rue Massillon, qui reste la voie la plus commerçante de la ville médiévale.

C'est au nord de cet axe que se sont implantés les lotissements médiévaux, selon une trame qui, sans être purement orthogonale, suit les lignes de forte pente et, transversalement, les niveaux de même altitude. L'un de ces quartiers conserve son nom évocateur de Bourg Neuf. Au sud, les îlots s'infléchissent vers l'ouest en contournant la tour Saint-Blaise et le surplomb que couronne l'église Saint-Paul. Ce tracé est un reste du vieux chemin de Toulon qui rejoignait celui des salins à l'emplacement de la rue Rabaton. L'extension urbaine et le resserrement du bâti ont fini par provoquer le rejet de cet itinéraire plus au sud et hors de la ville.

Le tracé de la seconde enceinte urbaine est tributaire de ces cheminements. Destinée à protéger une ville comprenant désormais une partie haute et une partie basse, elle s'est greffée aux fronts sud et nord de la première enceinte, sans doute dans le courant du XIVe siècle ; elle a englobé au nord-est le couvent des Frères Mineurs et constitue un large front sud, nouvelle façade de la ville dominant les oliveraies et les orangeraies avec ses trois portes, Fenouillet, Portalet et des Salins. Peu de vestiges subsistent. Au nord, le long de la rue du Rempart, une section de courtine en petit appareil de moellons assisés et deux tours carrées, saillantes, percées d'archères sur deux niveaux, sont devenues les façades de maisons qui se sont appuyées à la face interne de l'ouvrage et l'ont absorbé. Autour du couvent, il n'en reste aucune trace, mais au XIXe siècle encore, les propriétaires étaient tenus de murer, en cas de besoin, portes et fenêtres percées dans l'ancienne fortification.

 
Près de là, la porte des Salins conserve, en dépit des apparences, l'essentiel de ses dispositions. Des deux tours carrées qui l'encadraient, seule la tour sud, devenue un immeuble d'habitation, subsiste sur plusieurs étages. Le premier niveau de sa face en retour sur le passage, en moyen appareil de grès rouge, a un chaînage d'angle en bossages rustiques caractéristique des ouvrages militaires médiévaux, percé d'une archère. Il en est de même pour la tour symétrique du coté nord, dont l'angle est flanqué d'une excroissance cylindrique qui soutenait probablement un élément en surplomb, échauguette ou poste d'observation. Du dispositif de la porte elle-même il ne reste que la baie en arc bombé.

Pour atteindre la porte Fenouillet, à l'autre extrémité du front méridional, il est intéressant de parcourir la rue des Porches. Elle n'a plus rien de médiéval, mais elle n'est autre que l'espace libre qui bordait la face interne de la fortification et, qu'à Aix ou à Avignon, on nomme encore pour cette raison «rue des Lices». Les constructions qui l'enjambent, et lui ont valu son nom et son pittoresque, ne datent que du XVIIIe ou du XIXe siècle, quand l'enceinte avait peu à peu cédé la place à des habitations. Portées par des voûtes en berceau ou des voûtes d'arêtes, elles gagnent de la sorte un volume habitable considérable et relient des parcelles sur les deux rives de la rue. C'est ainsi que le porche de la maison sise au n° 9, qui porte la date 1777, appartient à une vaste demeure de la famille Couture, dont un des membres, Joseph, fut maire de la ville à partir de 1765. Au bout de la rue de Limans, qui fait suite à cette rue après l'espace vacant du Portalet, la porte Fenouillet, avec son arc brisé, la feuillure de ses vantaux et les rainures de sa herse, est aménagée dans une tour saillante englobée, elle aussi, dans les immeubles modernes.

La ville basse, devenue le coeur de la ville, a subi le renouvellement incessant de ses constructions. Si son aspect général est aujourd'hui celui d'une ville des XVIIIe et XIXe siècles, dense, aux rues encaissées entre des façades de trois et quatre niveaux,elle n'en garde pas moins de nombreuses traces de son origine médiévale, par le tracé de la voirie, la disposition du bâti ou les vestiges intégrés aux édifices reconstruits sur place. Les fragments apparents les plus fréquents, présents dans tous les quartiers, montrent bien la vigueur de la construction à l'orée de la Renaissance. Ce sont des portes encore de tradition gothique avec leurs piédroits arrondis et leur couvrement (arc ou linteau) chanfreiné, sculptées entre la fin du XVe siècle et celle du XVIe siècle. Mais d'autres vestiges se cachent aussi dans certains intérieurs, comme ce plafond d'une maison de la place Massillon, dont les entrevous de plâtre moulé sont ornés de blasons encadrés de rinceaux peuplés d'oiseaux, en léger relief, probablement du XVe siècle.

A partir du XVIIe siècle, la ville basse a pris peu à peu son aspect d'aujourd'hui ; le processus de déplacement de la population au détriment de la ville haute parait stabilisé, l'espace y est entièrement bâti et d'une manière très dense: peu de maisons ont moins de deux étages sur le rez-de-chaussée, les cours et les jardins ont presque tous disparu, le paysage urbain a acquis une grande homogénéité. Il faut parcourir les principales rues de ces quartiers, rues Massillon, du Portalet, Franklin, du Temple, pour découvrir les nombreuses façades, sobres et sévères, des XVIIe et XVIIIe siècles, souvent banalisées au XIXe siècle, mais conservant ici et là de belles portes encore dotées de leur menuiserie ou de grilles de tympan en fer forge. Les maisons les plus importantes conservent  peu de décors intérieurs, mais le statut social élevé des

propriétaires s'y manifeste encore par un escalier assez monumental: au XVIIe siècle ses volées, bordées de rampes à balustres en plâtre et cantonnées de colonnes, tournent autour d'un jour; au XVIIIe siècle une rampe en fer forgé protége élégamment ses volées suspendues. La tradition de ces demeures est parachevée dans la première moitié du XIXe siècle, plutôt sur les franges de la ville, où l'on gagne encore un peu d'espace sur les anciennes fortifications, et là où la reconquête urbaine s'opère au détriment des espaces religieux.

La vieille ville connaît alors un ultime sursaut de la part de l'initiative publique et municipale qui y crée des équipements de quelque envergure, avant de prendre le parti définitif d'implanter les services officiels un peu plus loin hors les murs, consacrant ainsi le glissement urbain vers la plaine.

En 1885, l'architecte Angely, directeur des travaux de la ville, construit l'école Michelet. Le bâtiment impose au coeur de la vieille ville l'idée républicaine d'une éducation pour tous avec une esthétique nouvelle, faite de matériaux industriels, la brique, la céramique émaillée pour de belles frises à dominante bleue, et la fonte pour les piliers soutenant les arcades de la grande salle de l'étage de soubassement. En 1888, le même architecte élève un lavoir sur le vieux cimetière Saint-Paul. En 1908, la ville remplace la vieille chapelle Saint-Esprit, hors d'usage, par un escalier monumental conduisant à la nouvelle crèche-garderie.

C'est cependant la place de la République, dite aussi selon les régimes place royale ou place Napoléon, qui rassemble les éléments du paysage urbain du XIX' siècle le plus complet. Elle doit pourtant l'essentiel de sa disposition au Moyen Age, puisqu'elle remplace l'ancien jardin du couvent des frères Mineurs.

En 1763 déjà, la ville avait demandé aux Frères Mineurs, qui refusèrent, la vente de leur jardin pour y créer une place. Il faut attendre la vente des bâtiments conventuels en 1792 pour que ce projet prenne forme et qu'on envisage en 1794 d'abattre le rempart qui clôturait la nouvelle place pour dégager la vue sur la campagne environnante et au loin sur la mer. Sa parure ornementale évolue alors au gré des fêtes et des commémorations. On y dresse l'autel de la Patrie et on y fête le décadi. En 1796, les nouveaux propriétaires, qui avaient commencé à construire leurs maisons à l'emplacement du couvent (la maison jouxtant l'église porte la date du 4 avril de cette année-là), obtiennent le droit de planter une rangée d'arbres devant leurs façades, la commune s'engageant à faire de même de l'autre coté de la place et à établir une fontaine. Avant 1828, un emmarchement rattrape la dénivelée de la place de la Rade, aujourd'hui place Georges Clemenceau, qui s'étend en contrebas; en 1845, le sculpteur toulonnais Daumas installe sa statue de Charles d'Anjou sur la fontaine située en haut des marches; en 1857, on érige une fontaine à trois vasques superposées devant l'église ; en 1861, l'architecte Jacques construit au nord de l'église Saint-Louis le bâtiment du tribunal, dans un style éclectique qui utilise la brique et la pierre; en 1897, on remplace la statue du duc d'Anjou par un monument à Monseigneur Massillon, évêque de Clermont, né à Hyères en 1663. La statue en bronze ayant été envoyée à la fonte en 1942, le sculpteur Gabriel Antoine Cotel en exécute une nouvelle en calcaire blanc du Gard pour le tricentenaire de 1963.

La place est toujours ombragée par deux rangées d'arbres, ce sont aujourd'hui des platanes, et entourée de belles façades de la première moitié du XIXe siècle, à travées régulières, ornées de portes aux menuiseries ouvragées et de balcons aux garde-corps en ferronnerie.

 

La villégiature

Du climatisme au balnéaire

Dès la fin du XVIIIe siècle débute pour Hyères un changement radical dû à une nouvelle pratique qui bouleverse la physionomie de tout le littoral méditerranéen. Le voyage à la découverte de nouveaux paysages, d'autres façons de vivre, de hauts lieux de l'histoire artistique existe depuis l'Antiquité. C'est en général le fait de voyageurs isolés. La nouveauté de cette fin d'Ancien Régime et plus encore du XIXe siècle c'est l'importance croissante que prend le phénomène. La notion de séjour (parfois deux ou trois mois) se substitue à celle de voyage. Le déplacement se fait avec famille et domestiques et donne naissance à de véritables villes aux multiples fonctions.

Hyères est souvent citée comme étant, avec Nice qui appartient alors au roi de Sardaigne, la plus ancienne station climatique française. Dans les années 1780, elle accueille déjà une cinquantaine de familles venues là passer l'hiver, attirées par la douceur du climat. Ses attraits sont mentionnés par les premiers comptes rendus de voyages. Les hivernants appartiennent à l'aristocratie princière européenne, essentiellement anglaise.

Après l'interruption due à la Révolution, la fréquentation reprend sous l'Empire et la station est appréciée de Pauline Bonaparte. La concurrence avec Nice est à l'avantage d'Hyères qui bénéficie de la bonne desserte routière de Toulon, port de guerre important, alors que deux semaines de voyage supplémentaires sont nécessaires pour atteindre Nice.

Le véritable lancement de la station d'hiver a lieu vers 1830 grâce à Alphonse Denis. Venu tout d'abord en touriste, ce riche érudit parisien s'y installe en 1825. Maire progressiste pendant la Monarchie de Juillet, il entreprend la transformation de la ville malgré la frilosité des notables locaux, grands propriétaires terriens. Aidé de l'architecte hyérois Victor Trotobas, il réalise des travaux d'urbanisme, met en chantier les premiers lotissements et participe à la vie culturelle de la cité en ouvrant sa bibliothèque personnelle aux visiteurs et en faisant construire un théâtre. Lié au milieu cosmopolite, il a épousé la nièce du baron badois Stulz, il crée le premier temple protestant en 1854. Il est l'auteur de deux ouvrages qui contribuent à faire connaitre la station: Promenades pittoresques à Hyères (1853) et Hyères ancien et moderne (1882, posthume).

Jusqu'à la fin des années 1850, les hivernants, propriétaires et rentiers, font partie de la grande noblesse internationale. Ils sont français, anglais, mais aussi belges, russes, polonais, allemands... Leurs loisirs sont culturels : archéologie, botanique et horticulture. La ville manque cependant un peu de lieux de mondanités.

La première villégiature à Hyères est de type essentiellement thérapeutique. Elle ne fait en ce sens pas exception. Le climatisme, qui consiste a envoyer des malades dans un lieu pour les vertus curatives réelles ou supposées de son climat, est également le fait d'autres stations de bord de mer, comme Biarritz, Arcachon ou Cannes (qui compte en 1883 cinq établissements hydrothérapiques), ou plus tard de montagne. Ce phénomène s'inscrit dans la ligne des préoccupations hygiénistes issues du XVIIIe siècle qui opposent à la ville génératrice de maladies la bonne nature et le bon air, qui plus est lorsque cette nature jouit de conditions climatiques favorables.

En effet, Hyères doit d'abord sa renommée aux médecins parisiens ou étrangers qui recommandent son air pur, sec et chaud pour soigner la phtisie et autres maladies pulmonaires. Tel le docteur Duluc de Genève qui y envoie sa clientèle en 1775. Fleurissent alors les «Indicateurs topographiques et médicaux». Le nombre de médecins double entre 1834 et 1896, passant de sept à quatorze. Des pharmaciens anglais s'installent.

Comme la ville haute d'Arcachon, c'est aussi une ville mouroir, dont Toistoï, venu accompagner son frère qui y décède en 1860, écrit : «On ne peut imaginer quelque chose de plus triste que cette ville, elle est pleine de poitrinaires dont le cas est désespéré et il en meurt chaque jour...» (cite dans Ie Bulletin des Amis du Vieux Toulon). Si l'on examine les registres de l'état civil, on voit qu'entre 1820 et 1880 la tranche d'age la plus touchée par les décès chez les hivernants est celle des 15-35 ans, ce qui correspond aux victimes de la tuberculose. Après 1880, c'est la tranche d'age des plus de 55 ans qui devient majoritaire, c'est-à-dire que l'on retrouve une mortalité plus «naturelle». Cela signifie que la colonie hivernante s'est diversifiée, que la villégiature de loisir a pris le pas sur la villégiature thérapeutique. Pourquoi? Parce que Cannes est devenue depuis 1860 la nouvelle station climatique à la mode et surtout parce qu'à partir du Second Empire la montagne, surtout la Suisse, est préférée pour soigner la phtisie.

En 1859, L'arrivée du chemin de fer à Toulon rapproche encore Hyères de la capitale (26 heures au lieu de quatre jours et demi). Le nombre de touristes augmente (396 familles en 1861-1862, 575 l'hiver suivant). La clientèle devient plus bourgeoise, plus impliquée aussi dans les affaires de spéculation immobilière locale.

Si le rattachement de Nice à la France en 1860 et sa desserte par le train en 1864, dont la ligne passe au nord des Maures laissant Hyères à l'écart, marquent le dépassement définitif de cette dernière, elle n'en poursuit pas moins un développement des plus florissants. La station est desservie par trois lignes de chemin de fer successivement mises en service en 1875, 1890 et 1904; un hippodrome est aménagé aux Pesquiers en 1877 et les actions de la société de publicité créée en 1885 pour attirer les étrangers portent leurs fruits. La ville accueille 1550 familles en 1880-1881, 3000 en 1886-1887. Le séjour de la reine Victoria en mars-avril 1892 entraîne un renouveau d'engouement de la part des Britanniques.

En 1855-56, 42% seulement des hivernants logeaient à l'hôtel. En 1892, ils sont plus de 80%. A la fin du XIXe siècle, Hyères bénéficie d'un équipement hôtelier haut de gamme avec cinq palaces complété en 1905 par le Golf Hôtel.

La fonction médicale connaît un nouvel essor au XXe siècle avec le développement des sanatoriums. La création de ces hôpitaux, majoritairement destinés aux enfants, semble presque toujours motivée par des préoccupations philanthropiques ou caritatives. Le cas le plus exemplaire est celui de l'hôpital Renée-Sabran sur la presqu'île de Giens. En 1882, Herman Sabran, président du conseil d'administration des Hospices Civils de Lyon, perd sa fille unique âgée de 9 ans, emportée par la tuberculose. S'inscrivant dans le courant de créations hôpitaux maritimes de l'époque, il achète à Giens, sur ses propres fonds, un domaine de 25 hectares dont il fait don aux Hospices de Lyon qui y construisent un sanatorium inauguré en 1892. Plusieurs pavillons viennent s'ajouter aux constructions initiales et, au milieu des années 1930, il accueille 700 enfants de la région lyonnaise.

La fondation de Renée-Sabran est suivie de celle de San Salvadour (1902), de l'Institut Helio-Marin de la Côte d'Azur (1904) par I'industriel Pechiney pour les enfants du personnel, et du Mont-des-Oiseaux (1906), pour les adultes. En 1913, un décret ministériel classe Hyères dans les stations hydro-minerales et climatiques. Cette vocation héliomarine se confirme dans l'entre-deux-guerres avec la création en 1923 du sanatorium pour enfants de Pomponiana par l'Association des Salins de Bregille (Doubs). Cette association avait été fondée en 1918 par le chanoine Mourot afin de venir en aide aux orphelins de la Grande Guerre. La première pierre de l'établissement situe en bordure de la plage de l'Almanarre est posée en 1932. L'année suivante, l'hôpital interdépartemental heliomarin (actuellement Leon-Berard) de l'(OEuvre Lyonnaise des Tuberculeux est ouvert. Avec le recul de la tuberculose, ces sanatoriums connaissent dans les années 1960 une reconversion dans la réadaptation fonctionnelle pour adultes et l'accueil et le soin d'enfants polyhandicapés. Aujourd'hui 3 000 personnes sont employées à Hyères dans les établissements de santé.

Malgré l'ouverture tant attendue du casino en 1903, entièrement restructuré en 1990-1991, le véritable déclin intervient au début du nouveau siècle. Avec les débuts de la villégiature d'été, l'absence d'équipements balnéaires se fait sentir. L'équipement hôtelier, vieillissant, est boudé. La majorité des hôtels, réquisitionnés pendant la guerre, ne rouvre pas. Pendant l'entre-deux-guerres, la ville tente une réorientation en direction des loisirs nautiques mais ce n'est qu'après 1945 que ces projets prennent corps. Le port de plaisance se développe de 1952 à 1982 et propose 1 450 anneaux. La plage de l'Almanarre est, depuis 1988, lieu du grand prix de France de «fun board» (qui compte pour la coupe du monde) et centre permanent d'entraînement de l'équipe de France de planche à voile. Hyères est classée «Station Voile» en 1990. Cette volonté de prendre place dans le sport de haut niveau se manifeste aussi par la construction en 1989, en partenariat avec Toulon, d'un vélodrome en plein air de haute technicité. Un anneau de vitesse en bois homologué, une piste d'entraînement en béton, une tribune de 700 places à laquelle s'ajoute un déambulatoire de 300 places lui permettent d'accueillir la coupe du monde de cyclisme sur piste et d'en faire un centre entraînement national et international. Quant à l'hippodrome, classé en première catégorie, il occupe le deuxième rang sur la Cote d'Azur après celui de Cagnes-sur-Mer.

Un nouvel urbanisme?

 
Dans la première moitié du XIXe siècle, la demande en logements pour la clientèle hivernante donne naissance à une nouvelle ville, à l'extérieur des remparts, qui vient se juxtaposer à la ville médiévale et va peu à peu la supplanter. Les première extensions se font en liaison avec la ville médiévale, sur l'emplacement du front sud des remparts de la ville basse, peu à peu remplacés par des habitations et dans le prolongement, le long de la route de Toulon. L'axe est-ouest est privilégié. On ne souhaite pas étendre la ville vers le sud d'une part pour continuer à bénéficier de l'abri de la colline mais également parce que la plaine est toujours considérée comme malsaine et inondable.

Deux places marquent alors les limites à l'ouest et à l'est de la partie urbanisée de la route royale. Leur pourtour se construit à la même époque. À l'est, c'est la place de la Rade (actuelle place Georges Clemenceau). La date de son aménagement est inconnue, mais cet espace au point arrivée de la route des Salins à la ville (il se situe devant la porte des Salins, entrée principale de l'enceinte du XIVe siècle) devait constituer depuis longtemps un lieu privilégié de l'animation. La place fait l'objet en 1810-1812 de travaux divers, dont la jonction par l'intermédiaire d'escaliers et de bassins avec l'actuelle place de la République. À l'ouest, la place des Récollets, située devant l'ancien couvent du même nom, présente sur une lithographie (de Cordouan) de 1832 un aspect encore villageois.

Seule figure l'obélisque élevé la même année à la gloire du baron Stulz. Rebaptisée place des Palmiers en 1836 après la plantation de ces arbres, elle devient un lieu de promenade et de festivités des plus prisés à Hyères, ce que concrétise aménagement en 1884 du jardin, de la fontaine monumentale et du kiosque à musique. C'est actuellement la place Gabriel-Peri.

Les constructions le long de la route royale (avenues Général-de- Gaulle et des îles-d'Or) et autour des places répondent aux besoins de la villégiature du moment. Ce sont des immeubles ou des villas meublés destinés à la location, suivant encore le modèle des maisons de type urbain, mitoyens, présentant un alignement continu de façades sur rue. Cependant, toutes ces constructions ont un jardin à l'arrière, ce qui justifie le nom de villa qu'elles portent déjà. De même, c'est l'orientation par rapport au soleil et à la vue qui définit leur implantation, ce qui préfigure tout l'urbanisme des années suivantes.

A partir de 1848, Alphonse Denis, lotit au nord-est de l'agglomération, la colline du Venadou et le quartier d'Orient, inaugurant un nouveau type d'utilisation de l'espace. Rompant avec le modèle urbain, il fait construire des villas situées au milieu de grands jardins. En 1861, le lotissement des jardins Farnoux marque le début de l'extension vers le sud et la création de la future avenue Gambetta est envisagée par le conseil municipal.

En 1865, Alexis Godillot, industriel, investit dans cette entreprise de modernisation, d'extension et de développement du tourisme hivernal. Allié à Jean Baptiste Maurel, architecte de la ville, puis à P. Chapoularr, il fait oeuvre de promoteur éclairé, essentiellement dans le quartier sud-ouest où il ouvre des avenues (Godillot, Victor-Hugo, de Beauregard etc.) dont les tracés suivent les principes de I'urbanisme classique : perspectives, voies rayonnantes à partir de ronds-points, patte d'oie... Sa préoccupation va aussi à l'ornement urbain avec la réalisation de fontaines qui proviennent des fonderies du Val d'Osne (Haute-Marne) dont il est actionnaire. Ces avenues se bordent peu à peu de villas. Ce réseau de voies modernes reste apprécié un demi-siècle après sa réalisation et l'on salue alors ses «avenues bien tracées» dans un plan d'embellissement projeté. Cette urbanisation se poursuit en direction de la plaine, vers le quartier de la gare qui se développe a partir de 1876 en direction du jardin Olbius- Riquier créé en 1873.

Au nord-est de la ville, un autre promoteur, Joseph Tagnard, commence en 1879 le lotissement du quartier Chateaubriand.

Il faut attendre la deuxième moitié du XIXe siècle pour que quelques villas isolées commencent à être construites sur la colline de Costebelle jusqu'au quartier de l'Almanarre, proche du bord de mer. La première est en 1854 celle d'Ernest Desclozeaux, conseiller d'État. Mais c'est surtout sous l'impulsion de Charles Lebouc et Richard Corbett que ce quartier qui était pratiquement vierge d'habitations, mis à part quelques cabanons et le logement du chapelain de Notre-Dame-de-Consolation, connaît son véritable essor. Vers 1870, Charles Lebouc, professeur de violoncelle au conservatoire de Paris, s'y installe et fait connaître le site à ses amis musiciens, dont le compositeur Ambroise Thomas, qui y font construire leur villa. En 1877, Richard Corbett, capitaine de l'armée des Indes, contribue à faire de Costebelle le lieu de prédilection de la colonie anglaise. Avec Alexandre Peyron il y réalise l'un des plus importants complexes hôteliers du moment. Peyron, cuisinier originaire de Carqueiranne, avait exercé son art en Angleterre où il était marié. En 1875, il rachète à Lebouc la villa que celui-ci avait déjà transformée en pension de famille et réalise à sa place un hôtel de luxe, l'Ermitage. Corbett, avec la Société de l'Ermitage dont le siège est à Londres, projette le lotissement de la colline. Associé à Peyron il fait construire le Grand Hôtel d'Albion (1881). Un troisième hôtel, celui de Costebelle, s'y ajoute en 1883. Ces trois établissements, réunis en un même ensemble, et les équipements qui en dépendent, chapelle, golf, croquet, etc. occupent tout le versant sud de la colline jusqu'à la plage de l'Almanarre et font de Costebelle une station climatique et sportive à part entière (qui trouve sa consécration en 1892 avec le séjour de la reine Victoria). Il ne reste actuellement de cet ensemble que l'Hôtel Costebelle transforme en lycée et la chapelle anglicane en très mauvais état

Un autre quartier de villégiature se développe à l'écart du centre ancien, la Plage. Hyères n'est pas à ses débuts une station balnéaire de bord de mer. La ville elle-même est située à cinq kilomètres de la côte et, si l'on recherche sa présence visuelle, c'est son éloignement qui fait l'une des qualités du site. Les guides médicaux précisent que cette situation, loin des embruns, lui évite d'avoir un climat trop «énervant". Le terme d'héliomarin témoignant des nouvelles qualités thérapeutiques n'apparaît qu'a l'extrême fin du XIXe siècle En outre, à l'est, le bord de mer est inhospitalier avec ses marais et l'industrie salinière. En 1860, un début d'intérêt pour les bains de mer amène à envisager l'éventualité d'une promenade qui relierait la ville à la plage. Ce projet n'est pas réalisé. C'est Alexis Godillot qui met en chantier dans les années 1870 le nouveau quartier, desservi à partir de 1876 par une gare de la ligne Hyères-Les Salins. La station balnéaire n'est véritablement lancée qu'à la fin du siècle

Ce développement se poursuit jusqu'aux années 1920. En 1928, suivant en cela les directives de la loi Cornudet du 14 mars 1919, destinée à gérer le processus d'évolution des villes, Hyères se dote d'un plan d'embellissement. Celui-ci prend en compte le projet d'aménagement du littoral conçu par Henri Prost en 1923 pour le Syndicat des Communes du Littoral Varois dont Hyères fait partie. Prost (1874-1959), architecte, Grand Prix de Rome, venait alors de passer dix années au Maroc auprès de Lyautey, au cours desquelles il avait conçu les plans d'aménagement et d'extension de Casablanca, Rabat et Fès. L'essentiel de son travail portait sur l'importance du paysage comme ressource économique d'une région, la prise en compte des nouvelles conditions de la circulation automobile et la nécessité de maîtriser la poussée urbaine.

Les grandes lignes du projet hyérois s'inscrivent tout à fait dans ce cadre. Les richesses de la ville Hyères sont alors la villégiature d'hiver et l'agriculture. Mais il y a nécessité de réorienter le tourisme vers la période d'été par la valorisation des nouveaux lieux d'accueil que sont les plages, la presqu'île de Giens et les îles. Le point fort porte sur la redéfinition du système de circulation qui ne peut plus être laissé au hasard. Il s'agit avant tout de désengorger le centre. La traversée de Hyères se fait encore par l'ancienne route royale qui est devenue la rue principale (avenues Général de Gaulle et des îles d'Or). Le plan d'embellissement propose de déplacer la route nationale un peu plus au sud et de créé un réseau routier accessible aux automobiles dans la partie haute de la ville. Trois boulevards de corniche sont projetés, l'un au nord de la villa Noailles, l'autre au niveau de la place Saint-Paul, l'inférieur traversant la vieille ville en induisant des démolitions. Ils devaient allier aux nécessités de la circulation le plaisir d'un «panorama splendide», les riverains étant tenus de faire des murs de clôture à claire-voie.

Quant aux recommandations de Prost sur la nécessité de maîtriser la poussée urbaine pour conserver un développement harmonieux, elles se traduisent à Hyères par une attention portée à l'environnement et au patrimoine : conservation des plaines destinées à la culture florale horticole et primeuriste, conservation des coteaux et des réserves boisées ainsi que des vestiges anciens et archéologiques, prohibition des usines malodorantes et bruyantes et des sanatoriums, conservation des immeubles présentant un intérêt architectural.

Pratiquement rien n'a été réalisé de ces projets ambitieux, mis à part le prolongement de l'avenue Geoffroy Saint-Hilaire en direction de la plage. Le véritable désengorgement de la ville n'a eu lieu qu'au début des années 1980 avec la mise en service de la voie Olbia, tronçon de la voie rapide reliant Toulon à Saint-Tropez, qui contourne la ville par le sud. L'extension de la ville s'est faite dans les années 1960-1970 vers le sud et l'est. Les lotissements de villas du Gros Pin et du Parc de la Marquise assurent le lien avec le quartier de la gare. A l'est, les quartiers du Pyanet et du Val des Rougières mêlent HLM, immeubles plus ou moins résidentiels et habitat pavillonnaire. Les réalisations des vingt dernières années se situent de part et d'autre de la voie Olbia sous la forme d'ensembles résidentiels et d'hôtels. Parallèlement, de nombreux programmes immobiliers sont réalisés dans toutes les zones non agricoles (collines) du sud de la commune.

Pendant un siècle et demi de croissance urbaine liée jusqu'à la deuxième guerre mondiale presque exclusivement à la villégiature, le programme architectural dominant est celui de la villa. Les grandes villas de la deuxième moitié du XIXe siècle sont conçues pour vivre avec une domesticité importante et sont entièrement déterminées par les nécessités de villégiature d'hiver : ensemble des pièces au sud, loggias, belvédères, bow-windows. Malgré leur utilisation limitée à une partie de année, elles témoignent de préoccupations de confort et de modernité. Le style est celui d'un éclectisme classique. Certaines, comme les villas mauresques, tendent vers plus d'exotisme. Trop de fantaisie est déjà mal perçu; ainsi lit-on en 1861: «... coquetteries, [...] tarabiscotages [...] fioritures décoratives des villas et des édifices nouveaux... ». La grande majorité d'entre elles a été construite entre 1865 et 1880. A partir des années 1920, avec le développement du tourisme été et les changements de mode de vie, elles deviennent plus petites, plus individuelles, d'un style plus régionaliste. La modernité, introduite à Hyères par Charles et Marie-Laure de Noailles, qui demandent en 1923 les plans de leur villa à Robert Mallet-Stevens, n'a que peu d'influence jusqu'à la fin des années 1950, où pendant une brève période de quelques années, des villas de «bord de mer» renouvellent les formes de l'habitat individuel.

 

Au fil des siècles, Hyères à bénéficié des atouts d'un terroir riche et d'une position maritime favorable, la terre et la mer jouant alternativement le rôle prééminent. Olbia, place forte massaliote, occupant une position stratégique au point de passage entre deux rades importantes, participe au dispositif de défense en Méditerranée. Si, au Moyen Age, s'opère un repli vers une position fortifiée à l'intérieur des terres, c'est cependant en grande partie de ses salines que le bourg tire sa richesse. A partir de la Renaissance, commence à se développer une agriculture favorisée par d'importants travaux aménagement hydraulique et des conditions météorologiques permettant des cultures (agrumes...) qui lui assurent un quasi-monopole jusqu'au milieu du XIXe siècle Au XXe siècle, le «tourisme-roi» a pleinement bénéficié de ses 114 km de côte.

Aujourd'hui, richesse terrienne et maritime sont en équilibre. Hyères occupe une position de tête en ce qui concerne la floriculture, la viticulture et la culture du palmier. La mer continue à attirer un nombre important de vacanciers avec des points forts comme le nautisme - le port Saint-Pierre est le plus grand port de plaisance du département - et la recherche de côtes sauvages sur les îles protégées par le pare national.

Bien desservie par le TGV et l'autoroute (à travers les barrières montagneuses, l'autoroute A57 d'accès et de désengagement des zones côtières est rarement saturée), Hyères possède aussi le seul aéroport (TLN) de la Côte d'Azur varoise. C'est une ville aux fonctions multiples possédant à la fois un patrimoine antique et médiéval et un centre de création contemporaine, la villa Noailles.

 

La villa Noailles de Mallet-Stevens  
Marie-Laure de Noailles, cinquante ans d’extravagances  

 

   

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