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Hyères, Var
Images du Patrimoine
Extraits
Texte: François Fray, Geneviève Négrel
Photographies: Françoise Baussan, Marc Heller, Gérard
Roucaute
Cartes et relevés: Nathalie Pégand
Édité par l'Association pour le Patrimoine de Provence
Ces extraits sont à l'usage exclusif de notre famille
«Au-dessous de la fenêtre, commencent les jardins d'Hyères qui
seraient beaucoup mieux nommés une forêt d'orangers, de grenadiers et
de citronniers; la vue se termine par la mer où on distingue
parfaitement les bâtiments dessus : elle est à perte de vue sur la
gauche, mais vis-à-vis sont les îles de Port-Cros et autres, qu'on
nomme vulgairement les îles d'Hyères, (...). Il n'est pas possible
d'avoir une plus belle vue et plus agréable.»
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C'est ainsi que Diane de Vichy nous décrit la vue de sa
chambre d'hôtel (hiver 1767-1768). C'est le début du renouveau pour
Hyères, petite ville de 5 000 habitants, qui prospérait pendant
tout le Moyen Âge grâce au commerce du sel.
L'engouement des voyageurs
était dû à la beauté de ses paysages et à un environnement végétal
d'exception favorisé par un climat particulièrement tempéré.
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Diversité des paysages et douceur du climat
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Avec 13 000 hectares environ dont 3 000 hectares d'îles, Hyères
est la plus grande commune de France. Elle est
située sur la partie occidentale de la cote varoise, où elle arrive,
avec plus de 50 000 habitants, au troisième rang derrière Toulon et La Seyne-sur-Mer.
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Le territoire hyérois,
qui s'étend sur trente kilomètres du nord au sud, présente une
diversité de paysages s'expliquant par plusieurs systèmes d'opposition
:
 | zone de contact entre la Provence cristalline et la Provence
calcaire, |
 | reliefs et plaine de type lagunaire, |
 | zones sèches et zones humides, |
 | zones de forêts et de cultures intensives, |
 | zone continentale et insulaire. |
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Le nord de la commune constitue
l'extrémité occidentale du massif cristallin des Maures. Trois collines, délimités par les vallées de Sauvebonne et des Borrels, sont du nord au sud, les hauteurs des Bertrands
et du Surlier, puis du chapeau de Gendarme. Elles
constituent une succession de lignes de crêtes orientées est-ouest,
culminant aux alentours de 300 mètres et dominant d'étroits vallons
empruntés par des ruisseaux issus de sources ou d'eaux de
ruissellement. Seul le vallon des Borrels, d'une largeur de 300 à
750 mètres, constitue sur six kilomètres une véritable plaine
plantée de vignes et jalonnée de trois hameaux. A leur extrémité
occidentale, les Maures dominent ici la vallée du Réal Martin, dite
de Sauvebonne. Le troisième ensemble de collines et le plus au sud,
est celui des Maurettes qui s'étend sur cinq kilomètres d'ouest en
est, deux kilomètres du nord au sud et culmine à 293 mètres au
Fenouillet. C'est sur son rebord sud, à
199 mètres d'altitude que fut édifié le bourg castral du Xe
siècle.
Le sud de la commune est le domaine des basses terres.
C'est, à l'ouest, l'ancienne vallée du Gapeau. Cette vallée est
aujourd'hui empruntée par le Roubaud au cours très incertain. C'est
une zone d'agriculture intensive depuis le XVe siècle
avec l'aménagement du canal du Béal.
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Toute la plaine orientale est un territoire de type lagunaire.
Derrière un cordon littoral d'une dizaine de kilomètres, de l'estuaire
du Pansard à Hyères-Plage, s'étendent des zones humides bénéficiant des apports alluviaux du Gapeau.
Au Nord, ces zones furent drainés et misent en culture intensivement dès le Moyen Age.
Au Sud (Ceinturon, Palyvestre) les zones restent sauvages et marécageuses
jusqu'au début du XIXe
siècle, lieu de pacage des troupeaux de moutons
et de chèvres. Elles émettaient des odeurs fétides qui remontaient
l'été jusqu'à la ville.
De ces anciennes zones humides subsistent les Vieux Salins qui, depuis l'Antiquité, constituent un
mode important d'occupation du territoire. C'est du latin areae, aires
salantes, que Hyères (Eyras au Xe
siècle) tirerait son nom. Les
salines de l'embouchure du Gapeau sont attestées depuis 963 comme
propriété de l'abbaye de Montmajour, puis, à la fin du XIe
siècle, de
la famille de Fos, seigneur d'Hyères. En 1259, Charles 1er d'Anjou
établit son monopole sur les grands ports du sel. Les Salins d'Hyères,
alors troisième centre de production en Provence après Fos et Berre,
sont le lieu d'un commerce florissant ou les navires génois viennent
échanger la quasi-totalité de la production contre diverses denrées,
jusqu'au XVIe siècle où s'exerce alors la concurrence de l'Espagne et
du Languedoc. Les représentations du XVIIIe
siècle montrent les salins
entourés de remparts avec des canaux, des magasins et des habitations
d'ouvriers. La décision d'y établir un port de la marine vient alors
compléter cette activité. La production a été arrêtée en 1994 et les
Salins attendent une nouvelle utilisation.
Pays de plaine, Ie sud
est cependant dominé par deux belvédères calcaires:
Ie Mont des Oiseaux (241 mètres) et Costebelle (101 mètres).
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Un dixième du territoire d'Hyères est insulaire. C'est un véritable
archipel de seize îles ou îlots, éloigné de deux à dix kilomètres de
la côte et qui s'étend sur une distance de trente kilomètres.

Les plus importantes sont Porquerolles, Port-Cros et Le Levant
auxquelles il faut ajouter Giens, rattachée au continent par un
double
tombolo. Le phénomène géographique du tombolo est relativement banal:
des courants marins entraînent des alluvions vers des hauts-fonds où
ils se déposent, amenant la constitution d'une flèche sableuse.
L'originalité de celui de Giens est son redoublement qui pourrait être
dû au changement de cours du Gapeau. Les deux cordons ont délimité un
grand étang, lieu de pêcheries puis de nouveaux salins à partir du
milieu du XIXe siècle.
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Giens et les îles font partie de l'ensemble cristallin des Maures.
Elles se signalent par un relief accidenté (point culminant allant de
118 mètres pour Giens à 199 mètres à Port-Cros) de quartz et de
micaschiste. Les côtes nord, sauf au Levant, y présentent un relief
moins accusé, avec des plages, alors qu'au sud des falaises abruptes
dominent la mer.
C'est à Hyères que Stéphen Liégeard aurait inventé en 1887
l'expression «Côte d'Azur». Elle
serait donc la première ville de la Côte d'Azur, historiquement et
géographiquement, lorsqu'on arrive du nord. Depuis la fin du XVIIIe
siècle, les déclarations les plus élogieuses s'étaient multipliées
concernant I'exceptionnelle douceur de ce qui serait un «microclimat» hyérois. On peut constater qu'avec des moyennes hivernales de 8-9°
et une pluviométrie plus faible que celle de la côte niçoise, la
station jouit de bonnes conditions climatiques. C'est le climat d'une
ville située à l'extrême sud de la côte méditerranéenne (les îles sont
à 43° de latitude comme le cap Corse
ou Florence) et bien abritée des vents du nord par les Maurettes.
La végétation naturelle, et surtout importée, a trouvé là un
environnement très favorable à son développement. La flore des
collines est de type méditerranéen. La forêt
couvre encore 35 % du
territoire. Il s'agit, sur les terrains siliceux du nord et des îles,
d'un maquis où se mêlent chênes-lièges, chênes verts, pins d'Alep,
arbousiers, bruyères arborescentes, cistes, myrtes et lavandes
d'Hyères. Les terrains sableux de l'hippodrome, de la Capte et de
Giens semblent bien convenir aux pins parasols. A cette végétation se
mêlent des essences plus exotiques comme eucalyptus, mimosas,
agaves... qui contribuent à la qualité du paysage.
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Parmi celles-ci on peut en distinguer deux qui ont notablement
marqué l'environnement hyérois. Ce sont l'oranger et le palmier.
Les orangers et autres producteurs d'agrumes (citrons, cédrats,
etc.) sont mentionnés dans des descriptions faites lors de la visite
de Charles IX en 1564. Au XVIIe
siècle, les jardins d'orangers et de citronniers fournissent la cour
de Louis XIV. L'exportation vers les autres régions de France ou vers
l'étranger reste une des ressources majeures jusqu'au milieu du XIXe
siècle, où la difficulté de cette culture, ruinée à chaque hiver trop
rigoureux, jointe à la concurrence des colonies entraînent la
reconversion des orangeraies en jardins horticoles.
Sous nos latitudes le palmier est cultivé à des fins uniquement
décoratives. Une espèce indigène de palmier nain (chamaerops humilis)
est mentionnée dès le XVIe
siècle. Le grand développement de la
culture du palmier a lieu au XIXe
siècle avec la multiplication des
espèces rapportées par les botanistes qui accompagnent les expéditions
coloniales. Des plantations systématiques agrémentent les nouveaux
espaces publics. Une place, puis une avenue et une rue prennent le nom
de cet arbre. Depuis 1881, les différentes municipalités proposent de
nommer la ville Hyères-les-Palmiers et le phoenix des Canaries qui
symbolise la Cote d'Azur est parfois appelé palmier d'Hyères.
Favorisée par la demande liée au développement de la villégiature, la
culture du palmier devient très lucrative. On compte vingt-trois «palmiéristes» au début du XXe
siècle. Les trois gros producteurs
actuels font de Hyères le premier exportateur européen.
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Un territoire anciennement habité
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Préhistoire et Antiquité
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Les plus anciennes traces
d'occupation remontent à la préhistoire comme en témoigne un ensemble de
roches gravées sur la colline du château. On trouve également des
gisements archéologiques des troisième et deuxième millénaires sur les
îles, attestant la présence de lieux de mouillage de pécheurs du
littoral. Plus important, l'oppidum de Costebelle nous donne un exemple
d'un habitat du IVe siècle av. JC de type «éperon barré».
Avec la fondation d'Olbia par les Massaliotes à la fin du IVe
siècle
av. JC, Hyères entre dans l'histoire. Pour assurer la liberté de
navigation et se défendre des attaques des Salyens et des Ligures,
Marseille fonde des places fortes, dont Olbia qui surveille le passage
de la rade de Toulon à celle d'Hyères. Le tombolo présente
vraisemblablement encore à cette époque un chenal à la base nord des
flèches. Établissement de plan carré, entouré de fortifications
jalonnées de tours, la cité abrite jusqu'à 2 000 personnes (soldats,
marins, agriculteurs), dans des habitations toutes identiques ordonnées
selon un urbanisme régulier. Les vestiges de cette cité, que l'on a
longtemps pris pour ceux de la Pomponiana romaine de l'Itinéraire
maritime d' Antonin (manuel d'instructions
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nautiques qui pourrait
dater du IIIe siècle), ont commencé à être fouillés au milieu du XIXe
siècle mais n'ont fait l'objet d'une véritable approche scientifique
qu'après la fin de la deuxième guerre mondiale.
Après la chute de Marseille en 49 av. JC, Olbia se romanise et
devient un petit centre de services pour la campagne environnante avec
boutiques et thermes. Mais, à l'écart des grands itinéraires routiers de
la Narbonnaise, elle se dépeuple progressivement et le site semble
abandonné vers le VIe siècle. De l'époque gallo-romaine, le territoire
hyérois garde d'autres traces. À Porquerolles, les vestiges repérés à
l'emplacement du village actuel pourraient être, en fait, ceux de Pomponiana, base navale du 1er siècle av. JC, devenue un véritable
village au cours du 1er
siècle de notre ère et occupée jusqu'au Ve
siècle. Les trois îles portent la trace d'une mise en valeur agricole
avec la fondation de villae, villae que l'on trouve également sur le
continent, dans les vallées du Gapeau et du Real Martin. A Giens, la
villa maritime de la Tour-Fondue était à la fois une exploitation
agricole et un lieu d'accueil pour les passagers des bateaux qui
faisaient escale.
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Moyen Âge
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Le Moyen Âge est marqué par
la fondation au Xe siècle du bourg castral sur la colline qui devient Ie
nouveau site du développement urbain. A la fin du XIIIe
siècle, un autre
château est construit à Giens lorsque se constitue la petite seigneurie
de la presqu'île donnée par le comte de Provence Charles 1er à son
médecin Raimond Othobon. Les antiques domaines ruraux sont toujours
cultivés tandis que des moulins à blé s'édifient le long du Gapeau.
Le territoire est peu à peu occupé par les fondations religieuses. La
plus importante est le monastère de Saint-Pierre-de-l'Almanarre fondé
entre 1219 et 1223 sur l'ancien site d'Olbia, ou se trouvait déjà une
église bénédictine. Cette abbaye de moniales cisterciennes venues de
Saint-Pons de Gémenos s'inscrit dans le courant
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d'expansion du
monachisme féminin en Provence au début du XIIIe
siècle. En 1250, une
bulle d'Innocent IV décrit I'abbaye et ses biens: « maisons, jardins,
terres, vignes, salines...». Elle abrite alors trente-deux religieuses.
A la fin du XIVe siècle, poussées par l'insécurité du temps, les
moniales sont transférées à l'intérieur de la ville dans le nouveau
couvent Saint-Bernard. Lors des fouilles réalisées à l'Almanarre ont
été dégagés les vestiges d'une église à deux vaisseaux et une partie
d'un cimetière. Au XIIIe
siècle, Hyères compte dix églises rurales
réparties sur l'ensemble du territoire, dont une chapelle Saint-Michel à
l'emplacement de l'actuelle Notre-Dame-de-Consolation. Dans les îles, on
note un couvent de cisterciens au Levant et des franciscains à
Porquerolles.
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La période moderne
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Du XVe siècle jusqu'à la
fin du XIXe siècle, la mise en valeur du territoire communal est
essentiellement liée à l'agriculture.
Le creusement du canal du Béal à partir de 1458, est un tournant dans
la mise en valeur des terres. Jusqu'à cette époque, les seules terres
véritablement exploitées étaient les plaines du nord et de l'est,
bassins du Gapeau et du Réal Martin, naturellement riches en alluvions
et facilement irrigables. Ces rivières faisaient également tourner des
moulins à blé trop éloignés de la ville. L'association de deux hommes,
de Limans, un notable hyérois, et Jean Natte, un ingénieur génois, est à
l'origine de la construction d'un canal de dix kilomètres amenant l'eau
du Gapeau, captée en amont de la ville, jusqu'à la ville basse où elle
alimente des moulins et permet d'irriguer la plaine occidentale. Le Béal
a continué à assurer sa fonction d'arrosage jusqu'à l'arrivée du canal
du Verdon à Hyères en 1975.
Cette mise en culture ne semble pas cependant avoir été accompagnée,
jusqu'au XVIIIe siècle, par la construction d'un habitat dispersé
important. Pendant la Régence et bien que depuis deux siècles la région
soit devenue plus sûre, la crainte des incursions de pirates n'engage
pas encore à s'établir au-delà des fortifications. En revanche, sur la
carte de Cassini (deuxième moitié du XVIIIe siècle), on observe que,
mises à part les zones de collines et de marais, le territoire d'Hyères
est déjà fortement peuplé : vallée du Gapeau à l'est, du Roubaud et du
Béal à l'ouest.
La vallée de Sauvebonne, où coule le Réal Martin, au nord de la
commune, constitue un exemple original de valorisation agro-industrielle
au XVIIIe siècle. Ces terres alluviales riches étaient cultivées dans
l'Antiquité et au Moyen Age. On y a trouvé des vestiges de villae
romaines et des mentions d'établissements templiers. Au XVIIIe siècle,
le sud de la vallée appartient à la famille de Gardanne,
vraisemblablement établie ici depuis le XVe siècle. Les terres du nord
sont achetées vers 1740 par Jean Aurran, avocat originaire de Cuers
(Var). A partir de 1746, celui-ci met en oeuvre un plan d'aménagement
hydraulique comprenant la construction de barrages et de canaux à partir
du Réal Martin. Cette oeuvre est poursuivie par ses descendants jusqu'en
1819 et, en 1881, une convention toujours en vigueur est passée entre
les différents utilisateurs. Cet aménagement permet la constitution de
grands domaines agro-industriels où se côtoient terres plantées d'arbres
fruitiers (pêchers), vignes, noisetiers, mûriers et forêts dont le bois
alimente une scie à eau. On y pratique aussi l'élevage des vaches,
chevaux et moutons. Au fil des années, les
bastides s'édifient le
long de la vallée pour y loger les descendants de Jean Aurran. Elles
sont agrémentées de parcs plantes d'essences exotiques et de
bambouseraies.
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Les adductions d'eau permettent l'aménagement de bassins et
d'étangs. Un
guide pour les voyageurs définit en 1834 Sauvebonne comme une
«magnificence de l'industrie agricole». Cette communauté familiale donne
naissance à un hameau en finançant une première église en 1836, rebâtie
en 1879 et complétée par une école en 1885.
Les abords de la ville sont nommés sur la carte de Cassini «jardin
d'Hyères» et sont plantés d'orangers, d'arbres fruitiers et de cultures
maraîchères. Plus loin on trouve les cultures pratiquées depuis l'Antiquité : céréales, vigne et oliviers mais aussi des ferrages (terres
à fourrages) en direction de la mer. À la même époque, Achard dans sa
Description historique (...) des villes (...) de Provence (1788)
écrit que «Le sol est fertile et les productions sont précoces. On y
recueille des les premiers jours de mars des petits pois, des fèves,
etc. Les orangers, les citronniers y viennent en pleine terre et ont
fait surnommer les vergers Le Jardin des Hespérides.» Ces observations
sont confirmées par les voyageurs du XIXe siècle. Dans les années 1870,
les orangeraies et oliveraies sont reconverties en jardins horticoles.
Les nouveaux engrais et l'usage généralisé de l'irrigation favorisent
l'extension de la culture des fruits et des primeurs. Ces cultures
emploient principalement une main d'oeuvre féminine venue du Piémont.
Les productions saisonnières (fraises, artichauts, haricots verts,
choux-fleurs, violettes) alimentent la capitale par des trains
quotidiens, entraînant le développement autour de la gare d'un quartier
dont l'activité est essentiellement centrée sur la commercialisation des
produits agricoles.
Aujourd'hui Hyères demeure un grand centre de production de primeurs
mais est surtout l'un des lieux les plus importants de la cote
méditerranéenne pour les fleurs coupées produites en serres chauffées.
La viticulture (vins des côtes-de-Provence) est surtout le fait des
grands domaines de la vallée du Gapeau.
Avec l'agriculture et les salines, la pêche représente le troisième
facteur de dispersion de l'habitat à la période moderne. Des lettres
patentes de 1651 permettent aux Hyérois de construire des maisons au
bord de mer. Au cours du XVIIIe siècle des hameaux de pécheurs
s'établissent à Giens, aux Pesquiers, à La Capte et à Port-Pothuau. Il
faut également signaler les établissements de pêche au thon de la
Madrague de Giens.
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Les îles d'Or
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Aux portes de Toulon, les
îles d'Hyères forment un arc de cercle en avant de la côte, au-delà de
la presqu'île de Giens : d'ouest en est on trouve le Petit et le Grand
Ribaud, le Petit Langoustier, Porquerolles, Bagaud, Port-Cros et le
Levant. Certaines culminent à près de 200 m.
Les îles d'Hyères prirent différents noms au cours de l'histoire. Du
VIe siècle av. J-C au XIIe siècle de notre ère, elles sont mentionnées
sous leur nom grec de Stoechades, «les alignées». A partir du XIIIe
siècle, elles deviennent Insulae Arearum (les îles d'Hyères). Le
nom d'îles d'Or apparaît en 1531 dans des lettres patentes de François
1er octroyant à Bertrand d'Ornezan, général des galères, un marquisat
dit des «îles d'Or», avec pour mission de défendre l'archipel contre
les Maures et les troupes de Charles Quint. Cette appellation pourrait
venir d'un jeu de mots entre Insulae Arearum (îles d'Hyères) et
Insulae Aureum (îles d'Or). C'est ainsi que les îles sont encore
désignées sur la carte de Cassini (deuxième moitié du XVIIIe siècle).
Bien que non officielle, cette appellation connaît un nouveau succès
avec le développement de la villégiature, époque de création de
toponymes en accord avec un imaginaire poétique.
Souvent escarpées, surtout dans leur partie sud, et séparées par des
passes de largeurs différentes, elles couvrent face au large le vaste
plan d'eau de la rade d'Hyères. Bien abritée des vents et profonde d'une
centaine de mètres, celle-ci prend à partir du XVIIe siècle une
importance croissante pour la marine de guerre et devient une zone idéale
de concentration des escadres. Mais dès le Moyen Age et jusqu'à la prise
d'Alger en 1830, les îles sont soumises, par leur isolement, à la menace
chronique des descentes des pirates barbaresques et d'autres pillards.
Aussi est-ce sans doute pour protéger les populations que sont édifiés
le château de Porquerolles et à Port-Cros le fort du Moulin, attribués à
François 1er, car ils figurent dans l'atlas du duc de Savoie
Emmanuel-Philibert, antérieur à 1580, conservé à Turin. Les choses en
restent là, tandis qu'Henri IV agrandit et fortifie Toulon, premier pas
vers son destin de grand port de guerre. Richelieu, qui attendait le
moment favorable pour engager la France dans la guerre de Trente Ans,
confie en 1633 une mission d'inspection des îles à Henri de Seguiran.
Son rapport favorable à leur fortification est un indice de l'absence de
défenses autre que les deux «châteaux». En effet, l'atlas de
l'ingénieur Jean de Beins contenait bien en 1629 des projets précis de
grands ouvrages bastionnés pour le Langoustier, le Grand Ribaud, clé de
la petite passe, et pour Port-Cros (l'Eminence), mais ils n'avaient pas
été exécutes. Peu après, l'atlas dit de Louis XIII, antérieur à 1643,
donne la représentation des forts tels que nous les connaissons
aujourd'hui. C'est donc entre 1634 et 1643 qu'ont été construits les
sept «forts» des îles (Grand et Petit Langoustier, l'Étoile, et l'
Alycastre à Porquerolles, l'Estissac, l'Éminence et Port-Man à
Port-Cros), concrétisant la volonté du Grand Cardinal et la promotion
stratégique de la rade et des îles d'Hyères. La plupart sont des tours
rondes à canons, aux étages voûtés en coupole, avec batterie à ciel
ouvert. Quelques autres, de plan carré et d'élévation pyramidale, ont un
rez-de-chaussée aveugle. Ils portent aussi une batterie à ciel ouvert
avec un parapet d'infanterie crénelé. Tous avaient à l'origine une
enceinte ou fausse-braie mi-tenaillée mi-bastionnée en étoile, avec un
fossé creuse dans le roc. Certains formaient ensemble de véritables
centres de résistance, tels ceux de la pointe du Grand Langoustier.
II faut ajouter à ces forts la redoute du Pradeau, dite Tour Fondue,
à la pointe de la presqu'île de Giens, là où les tours aujourd'hui
ruinées de l'île de Ribaudas, aujourd'hui dite du Grand Ribaud, la tour
Balaguier édifiée en 1636 à Toulon, nombre de tours dites sarrazines
(Graillon, les Embiez, Malpagne, etc.) et deux autres tours portant la
mention «à faire» sur les cartes, anciennes ou actuelles, mais restées
en projet, pour se faire une idée plus juste du système de protection du
littoral. Cet ensemble défensif s'apparenterait au système des 90 tours
«génoises» de Corse, mais beaucoup plus vaste, plus moderne et plus
puissant.
A cette phase d'intense activité succède un siècle et demi de
stagnation. Outre le péril constant de la piraterie, l'archipel est
impliqué dans l'invasion de la Provence par le duc de Savoie en 1707,
puis dans les guerres de succession d'Autriche de 1741 à 1748 et de Sept
Ans à partir de 1756. En 1743, l'escadre anglaise de l'amiral Matthews
utilise la rade comme mouillage sans rencontrer, semble-t-il, beaucoup
d'opposition. En tout cas, Vauban ne peut venir sur les lieux en raison
de vents contraires et n'y propose rien. Tout au long du XVIIIe siècle,
les maigres crédits ne permettent que des travaux d'entretien ou
d'améliorations mineures. En 1792, les forts sont réputés en très bon
état lorsque s'ouvrent les guerres de la Révolution.
L'année suivante, les îles sont occupées par surprise lorsque Toulon
se livre aux Anglais qui, à leur départ, incendient ou font sauter les
forts. Réoccupés, ceux-ci sont sommairement remis en état et réarmés, au
moment où Bonaparte est chargé d'une mission d'inspection de la défense
des côtes. Une fois empereur en 1804, celui-ci inclut les îles dans le
vaste programme de réorganisation lié au blocus continental. Au total,
de 1794 à 1815, quatorze nouvelles batteries sont créées, les forts les
moins endommagés réparés, améliorés ou reconstruits, mais, faute de
moyens, beaucoup de travaux restent inachevés à la chute de l'Empire. En
1815, la défense des côtes est mise en veilleuse pour trente ans.
Sous la menace d'un nouveau conflit, la Monarchie de juillet crée en
1841 une commission chargée de repenser complètement le problème sous
l'égide du maréchal Soult, ministre de la Guerre. Bien que resté
inachevé, le travail exécuté sur ses indications de 1846 à 1862 est
considérable: réexamen de tous les sites, résorption de la prolifération
des ouvrages, uniformisation des trois modèles de pièces d'artillerie,
normalisation de six plans-types de «corps de garde défensifs» adoptés
en 1846 comme réduits dans les ouvrages isolés dotés paradoxalement
d'une allure de petit château, abandon sur les îles d'un certain nombre
de batteries antérieures jugées inutiles et remaniement de huit autres
batteries.
A partir de 1858 l'apparition de l'artillerie rayée et des navires
cuirassés à vapeur fait interrompre ce programme dès lors obsolète.
Après 1870, une nouvelle sous-commission reprend le problème sous
l'égide du Comité de Défense, dont le secrétaire est le général Raymond
Sere de Rivières. De nouvelles pièces de canon portent désormais à dix
kilomètres et permettent de couvrir la rade à partir de sites bien
choisis : on construit de nouvelles batteries fermées à Repentance, sur
l'île de Porquerolles, et on transforme en véritable citadelle le fort
de l'Éminence. A partir de 1880 les ouvrages antérieurs sont déclassés
et abandonnés. En 1885, l'invention de l'obus torpille impose de
nouveaux équipements, notamment souterrains.
A la veille de la Grande Guerre, l'alliance franco-anglaise assure la
suprématie navale, au moins en surface, en dépit du vieillissement des
dispositifs. Les gros canons de côte étant expédiés sur le front du
nord-est, les îles,
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désarmées, deviennent les
points d'amarrage du système de protection anti sous-marin de la rade.
Après 1918, la défense des cotes est attribuée à la Marine qui élabore
un nouveau programme de batteries, réalisées à partir de 1930, avec la
mise en cuves bétonnées de canons provenant de navires rayés de la
liste.Tombés aux mains des Allemands en novembre 1942, ces ouvrages,
ainsi que le fort de l'Éminence, subissent en août 1944, le tir des
cuirassés «Lorraine» et «Ramillies» qui appuient le débarquement
allié en Provence. Avec l'enlèvement des derniers matériels après 1945,
se termine la vie active des ouvrages des îles d'Hyères. L'ère du
patrimoine commence.
Parties prenantes du système fortifié protégeant la côte
méditerranéenne, les îles ont donc toujours connu une vocation militaire
qui en font, au XIXe siècle, de véritables «îles casernes». A
Port-Cros, le hameau militaire (port actuel) est pratiquement la seule
zone peuplée de l'île. A Porquerolles, Ie village est crée vers 1840
pour des vétérans. L'insularité suscite dès le XVIIe siècle une fonction
de lazaret. A Port-Cros, 15 000 soldats de l'infanterie coloniale
peuvent être accueillis dans un camp de toile pour y passer les six
jours d'isolement réglementaires. Porquerolles accueille les
convalescents de la guerre de Crimée dans un refuge sanitaire qui
fonctionne jusqu'à la fin de la guerre de 1914-1918. Transformé en
hôpital marin pour enfants de 1921 à 1943, il est aujourd'hui
entièrement remanié et aménagé en centre de vacances des armées.
L'isolement de ces îles peu peuplées explique aussi
l'installation de
deux colonies pénitentiaires pour enfants. Au Levant, le pénitencier de
Sainte-Anne est créé en 1861 par le comte de Pourtalès, propriétaire de
l'île. Il concentre 300 enfants dans un véritable village à vocation
agricole, inspiré de l'urbanisme utopique mais où des conditions de vie
particulièrement dures entraînent une très forte mortalité. Cette raison
amène l'administration pénitentiaire à le supprimer en 1878. Il n'en
subsiste actuellement que des caves voûtées, situées dans le périmètre
militaire, et qui auraient été utilisées comme cachots.
A Porquerolles, c'est Léon de Roussen qui met en place en 1881, en
liaison avec l' Assistance publique de la Seine, une colonie agricole
axée sur la culture de la vigne, des céréales et des arbres fruitiers.
Les 90 adolescents de 12 à 20 ans sont regroupés à l'extrémité ouest de
l'île mais doivent travailler dans tous les lieux de culture. Les
déplacements quotidiens très longs et la frugalité de la nourriture
entraînent des révoltes. Cette colonie, véritable bagne, est supprimée
en 1886.
De la même façon que la société isolait ses membres gênants,
elle
reléguait aussi en des lieux écartés ses industries les plus nocives. En
1810, une loi fait obligation d'installer les activités les plus
polluantes à l'écart des villes. C'est le cas de la fabrication de la
soude qui provoque des émanations de gaz chlorhydrique très toxiques.
Port-Cros (de 1817 aux environ de 1830) et Porquerolles (de 1827 à 1875)
font les frais de tels établissements. Les deux usines sont installées
par des industriels marseillais qui trouvent sur place la matière
première (le sel), le combustible (bois) et des facilités d'acheminement
direct par bateaux vers les savonneries de Marseille. Elles ont laissé
des traces visibles dans le paysage : plage noire du Langoustier,
déforestation.. .
L'agriculture semble avoir été porteuse d'un développement plus
positif. Là encore les îles d'Or font preuve d'un particularisme dans
les modes de mise en valeur. Si l'Antiquité avait laissé des traces de
villae sur les trois îles, les cultures semblent avoir été abandonnées
dans les époques suivantes, vraisemblablement pour des questions
d'insécurité. Au début du XIXe siècle, les îles sont quasiment vides de
toute population civile. Le renouveau se fait dans la deuxième moitié du
siècle sous l'impulsion de personnalités fortes. A Porquerolles, Léon de
Roussen défriche et met en culture les plaines de l'île, d'abord grâce à
la main d'oeuvre peu coûteuse du pénitencier, puis avec des ouvriers
agricoles rémunérés. A la suite de difficultés financières, l'île est
mise en vente en 1910. Elle est rachetée en 1912 par François Fournier
qui avait fait fortune au Mexique. Né en Belgique et jeune époux de la
fille d'un grand médecin anglais de la Cote d'Azur, il était venu avec
celle-ci en villégiature à Porquerolles et Ie couple avait été séduit
par cette île à vendre. lis s'installent en tant que propriétaires
terriens et administrent Ie domaine «à la mexicaine», comme une
hacienda, sur un mode paternaliste. La ferme qui existait à proximité du
village est agrandie et modernisée. Elle devient un véritable hameau
regroupant maison de maître, maison du régisseur, ateliers et
dépendances agricoles. Elle est alimentée par une usine électrique
fonctionnant au charbon de bois. Les ouvriers, essentiellement d'origine
italienne, sont au nombre de 150 à 200 selon les époques et tous les
corps de métier nécessaires au fonctionnement d'un ensemble autarcique
sont représentés. Pour les loger, Fournier fait construire des maisons
mises à leur disposition gratuitement. Ils bénéficient également d'un
lopin de terre personnel, d'une caisse pour les accidents de travail,
d'un médecin, d'une école, d'une chapelle, de cadeaux pour les enfants à
Noël. En contrepartie, ils ne reçoivent qu'un faible salaire.
La culture principale est la vigne mais aussi les roses en serre, les
pamplemousses, les mandarines, les légumes. On y pratique aussi
I'élevage des cochons, des moutons et des vaches. En 1929, est
construite une cave moderne, I'une des plus grandes du Var, avec des
chais d'embouteillage. Elle produit du vin pour la consommation locale
et I'exportation. Ce fonctionnement se maintient jusqu'à la mort de
François Fournier en 1935.
Actuellement, I'agriculture est surtout Ie fait du Conservatoire
botanique national méditerranéen qui a pour mission la sauvegarde de la
biodiversité des espèces méditerranéennes sauvages ou cultivées, mises
en danger par la normalisation des cultures. Une banque de graines
stocke les espèces menacées et de nombreuses variétés de fruits sont
cultivées.
A Port-Cros, Ie comte de Noblet, propriétaire de l'île et agronome,
décide, vers 1870, la création de fermes pratiquant la culture de la
vigne, du mûrier et I'élevage des moutons et des chèvres. Compte tenu
des difficultés d'approvisionnement en eau nécessitant des aménagements
(aqueduc, retenues, canalisations), cette mise en valeur ne connaît pas
grand succès. Seules les plaines côtières du Manoir et de la Palu sont
durablement cultivées, Ie propriétaire suivant, Ie marquis de Costa
Beauregard, préférant louer ses terres pour la chasse.
L'île de
Port-Cros est constituée en Parc national depuis 1963. Celui-ci gère
également les espaces naturels de Porquerolles et administre Ie
Conservatoire botanique.
Au Levant, si I'on excepte la colonie agricole pénitentiaire,
l'agriculture fut inexistante compte tenu du manque de terre cultivable.
Toutefois c'est avec Ie tourisme, à partir des années 1920, que les îles
d'Or connaissent leur véritable développement.
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La ville dans ses murs
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La ville, perchée sur son
rocher, est un bourg castral, probablement crée par Pons de Fos
lorsqu'il reçoit du comte de Provence la moitié orientale du diocèse de
Toulon en récompense de son aide pour l'expulsion des Sarrazins du
Freinet en 972.
Le développement de l'agglomération semble avoir été
très rapide, au point d'éclipser la cité épiscopale de Toulon toute
proche. Celle-ci ne peut en effet vivre que de son port, à une époque où
le trafic maritime est très réduit. Hyères au contraire bénéficie d'un
meilleur emplacement sur le réseau routier terrestre et surtout de la
présence des salins.
Cela explique l'intérêt que les comtes de Provence attachèrent
toujours à cette place. Jusqu'au milieu du XIIe siècle ils doivent
imposer par les armes leur souveraineté aux seigneurs de Fos qui
prétendaient s'en affranchir. Mais il faut attendre le milieu du XIIIe siècle pour que le comte Charles 1er profite de l'émiettement du pouvoir
entre de multiples co-seigneurs. Il met la main sur le château et sur la
ville, achève d'établir au cours des années suivantes son monopole sur
le sel et fait d'Hyères le chef-lieu d'une baillie.
Au début du XIVe siècle, la ville, avec 825 feux de queste (environ 5
000 habitants), occupe le huitième rang des villes provençales. Elle
maintient ce rang au siècle suivant, en dépit de la crise démographique
qui affecte toute la région. C'est alors que le glissement de la
population vers la plaine, attirée par une topographie plus pratique, a
des répercussions catastrophiques : pour protéger les faubourgs qui
s'étaient ainsi constitués, on doit édifier une nouvelle enceinte, et en
1408 le comte Louis II crée une rue franche dans ce qui est désormais la
ville haute, à moitie désertée, pour inciter la population à y revenir.
Peine perdue, en 1471 la ville conserve à peine 1 900 habitants.
A partir du XVIe siècle, la situation géographique et la nature du
rivage jouent cette fois contre Hyères. Le développement des activités
maritimes renverse la situation et favorise Toulon, choisie par Louis XIV pour abriter la flotte de guerre en Méditerranée. Dès 1698 le poids
démographique de Toulon, avec plus de 11 000 habitants, est presque le
double de celui d'Hyères. L'écart se creuse au cours du premier quart du
XVIIIe siècle, en particulier à cause de l'invasion du duc de Savoie en
1707, qui échoue devant Toulon : de 1728 à 1765 la population d'Hyères
passe de 4 600 a 5 350 habitants, ne pouvant plus rivaliser avec celle
de sa voisine qui augmente pour sa part de 16 900 a 26 264. Malgré
l'arrivée des premiers riches touristes anglais attirés par le climat
dès les années 1780, Hyères reste une ville de paysans, d'artisans,
d'ouvriers de la soie et des salins et en 1846 le baron Baude peut
décrire les moyens d'améliorer l'économie, en étendant davantage
l'agriculture, les pêcheries et les salins, sans même citer le tourisme,
alors que les séjours d'hiver remplissent les deux hôtels déjà
construits en 1830 et les maisons de plaisance répandues dans la
campagne.
La ville reste donc enfermée dans ses remparts qu'elle ne déborde
guère avant le Second Empire, atteignant alors 10 000 habitants en
n'occupant qu'une grosse moitié de la surface circonscrite par
l'enceinte du XIVe siècle. Cette absence de développement économique
contribue à sauvegarder de nombreux aspects du patrimoine médiéval que
l'on peut aujourd'hui découvrir, incrusté parmi les innombrables
reprises des siècles de la période moderne.
L'ensemble de la ville haute rassemble de nombreux vestiges épars des
habitations construites entre le XIIe et le XVIe siècle : fragments de
murs en petit appareil de moellons assisés, portes chanfreinées,
portails aux claveaux extradossés, arcs brisés ou en anse de panier,
fenêtres jumelées où anciennes croisées témoignent d'un bâti dense et de
qualité. Ces constructions peuvent atteindre deux étages sur le
rez-de-chaussée. Tel est le cas des deux petites maisons du XIIIe siècle
préservées à l'angle de la rue et de la traverse Paradis, avec leurs
fenêtres jumelées ornées d'une colonnette, leur porte de remise ou
d'étable et celle du logis dans les étages.
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D'autres maisons «bien
placées», sur des rues sans doute actives et passantes, sont celles de
notables ou de marchands.
Une maison de la rue Sainte-Catherine conserve les fragments d'une
grande demeure qui illustre les transformations qu'ont pu subir ces
constructions depuis 700 ans. Au XIIIe siècle, son propriétaire réunit
plusieurs petites parcelles alignées sur cette rue. Au centre de sa
façade principale, on reconnaît l'arc de la porte d'entrée (au n° 8) et,
au-dessus, une partie du cordon de pierre qui servait d'appui aux
fenêtres du deuxième étage. Sur l'arrière, il est possible de voir
encore, depuis la rue de l'Oratoire, la façade d'une aile adossée par la
suite avec deux niveaux de belles fenêtres jumelées en partie
restaurées. Au XVIe siècle, la maison fut partagée à l'issue d'une vente
ou d'une succession et perdit à cette occasion des éléments de sa
distribution intérieure, notamment son escalier. Chacun des deux
nouveaux propriétaires dut procéder à des réaménagements, qui
structurent l'édifice jusqu'à nos jours. Celui du n° 8 fit établir une
nouvelle porte (datée de 1572) à l'intérieur de l'ancienne et, juste
derrière, un escalier en vis, en bois et plâtre. Il réutilisa un
fragment lapidaire antique portant l'inscription : Q(VINTVS) ATILIVS Q(VINTI)
L(IBERATVS) PREPON SIBI ET SVIS VIVOS F(ECIT), manifestant ainsi
l'intérêt érudit pour l'Antiquité romaine qui se répandait à cette
époque. Le propriétaire du n° 10 attendit une cinquantaine d'années pour
annexer une partie de la maison voisine afin d'implanter un moderne
escalier rampe-sur-rampe en bois et plâtre et une nouvelle porte (datée
de 1624).
De l'enceinte des XIIIe et XIVe siècles qui protégeait cette partie
de la ville il ne reste que les fronts septentrionaux, avec leurs tours
et leurs courtines, descendant le long des arêtes rocheuses de part et
d'autre des vestiges du château et encadrant les pentes désertées de la
colline. La rue Barbacane marque la limite orientale de cette
fortification qui s'élevait, telle une impressionnante façade urbaine,
avec ses deux portes Saint-Paul et Barruc, au-dessus des faubourgs.
Ceux-ci s'étaient agglomérés autour du vieux chemin qui reliait la porte
Saint-Paul aux salins et sur le bord duquel s'éleva dès le XIIe siècle
la commanderie des templiers (tour Saint-Blaise). Ils constituèrent le
noyau de la ville basse. Le chemin finit par prendre le nom de
Grande-Rue jusqu'à la porte des Salins ou porte de la Rade. Son parcours
est aujourd'hui emprunté par la rue délaissée du Repos, puis par la rue
Massillon, qui reste la voie la plus commerçante de la ville médiévale.
C'est au nord de cet axe que se sont implantés les lotissements
médiévaux, selon une trame qui, sans être purement orthogonale, suit les
lignes de forte pente et, transversalement, les niveaux de même
altitude. L'un de ces quartiers conserve son nom évocateur de Bourg
Neuf. Au sud, les îlots s'infléchissent vers l'ouest en contournant la
tour Saint-Blaise et le surplomb que couronne l'église Saint-Paul. Ce
tracé est un reste du vieux chemin de Toulon qui rejoignait celui des
salins à l'emplacement de la rue Rabaton. L'extension urbaine et le
resserrement du bâti ont fini par provoquer le rejet de cet itinéraire
plus au sud et hors de la ville.
Le tracé de la seconde enceinte urbaine est tributaire de ces
cheminements. Destinée à protéger une ville comprenant désormais une
partie haute et une partie basse, elle s'est greffée aux fronts sud et
nord de la première enceinte, sans doute dans le courant du XIVe siècle
; elle a englobé au nord-est le couvent des Frères Mineurs et constitue
un large front sud, nouvelle façade de la ville dominant les oliveraies
et les orangeraies avec ses trois portes, Fenouillet, Portalet et des
Salins. Peu de vestiges subsistent. Au nord, le long de la rue du
Rempart, une section de courtine en petit appareil de moellons assisés
et deux tours carrées, saillantes, percées d'archères sur deux niveaux,
sont devenues les façades de maisons qui se sont appuyées à la face
interne de l'ouvrage et l'ont absorbé. Autour du couvent, il n'en reste
aucune trace, mais au XIXe siècle encore, les propriétaires étaient
tenus de murer, en cas de besoin, portes et fenêtres percées dans
l'ancienne fortification.
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Près de là, la porte des
Salins conserve, en dépit des apparences, l'essentiel de ses
dispositions. Des deux tours carrées qui l'encadraient, seule la tour
sud, devenue un immeuble d'habitation, subsiste sur plusieurs étages. Le
premier niveau de sa face en retour sur le passage, en moyen appareil de
grès rouge, a un chaînage d'angle en bossages rustiques caractéristique
des ouvrages militaires médiévaux, percé d'une archère. Il en est de
même pour la tour symétrique du coté nord, dont l'angle est flanqué
d'une excroissance cylindrique qui soutenait probablement un élément en
surplomb, échauguette ou poste d'observation. Du dispositif de la porte
elle-même il ne reste que la baie en arc bombé.Pour atteindre la
porte Fenouillet, à l'autre extrémité du front méridional, il est
intéressant de parcourir la rue des Porches. Elle n'a plus rien de
médiéval, mais elle n'est autre que l'espace libre qui bordait la face
interne de la fortification et, qu'à Aix ou à Avignon, on nomme encore
pour cette raison «rue des Lices». Les constructions qui l'enjambent,
et lui ont valu son nom et son pittoresque, ne datent que du XVIIIe ou
du XIXe siècle, quand l'enceinte avait peu à peu cédé la place à des
habitations. Portées par des voûtes en berceau ou des voûtes d'arêtes,
elles gagnent de la sorte un volume habitable considérable et relient
des parcelles sur les deux rives de la rue. C'est ainsi que le porche de
la maison sise au n° 9, qui porte la date 1777, appartient à une vaste
demeure de la famille Couture, dont un des membres, Joseph, fut maire de
la ville à partir de 1765. Au bout de la rue de Limans, qui fait suite à
cette rue après l'espace vacant du Portalet, la porte Fenouillet, avec
son arc brisé, la feuillure de ses vantaux et les rainures de sa herse,
est aménagée dans une tour saillante englobée, elle aussi, dans les
immeubles modernes.
La ville basse, devenue le coeur de la ville, a subi le
renouvellement incessant de ses constructions. Si son aspect général est
aujourd'hui celui d'une ville des XVIIIe et XIXe siècles, dense, aux
rues encaissées entre des façades de trois et quatre niveaux,elle n'en
garde pas moins de nombreuses traces de son origine médiévale, par le
tracé de la voirie, la disposition du bâti ou les vestiges intégrés aux
édifices reconstruits sur place. Les fragments apparents les plus
fréquents, présents dans tous les quartiers, montrent bien la vigueur de
la construction à l'orée de la Renaissance. Ce sont des portes encore de
tradition gothique avec leurs piédroits arrondis et leur couvrement (arc
ou linteau) chanfreiné, sculptées entre la fin du XVe siècle et celle du
XVIe siècle. Mais d'autres vestiges se cachent aussi dans certains
intérieurs, comme ce plafond d'une maison de la place Massillon, dont
les entrevous de plâtre moulé sont ornés de blasons encadrés de rinceaux
peuplés d'oiseaux, en léger relief, probablement du XVe siècle.
A partir du XVIIe siècle, la ville basse a pris peu à peu son aspect
d'aujourd'hui ; le processus de déplacement de la population au
détriment de la ville haute parait stabilisé, l'espace y est entièrement
bâti et d'une manière très dense: peu de maisons ont moins de deux
étages sur le rez-de-chaussée, les cours et les jardins ont presque tous
disparu, le paysage urbain a acquis une grande homogénéité. Il faut
parcourir les principales rues de ces quartiers, rues Massillon, du
Portalet, Franklin, du Temple, pour découvrir les nombreuses façades,
sobres et sévères, des XVIIe et XVIIIe siècles, souvent banalisées au
XIXe siècle, mais conservant ici et là de belles portes encore dotées de
leur menuiserie ou de grilles de tympan en fer forge. Les maisons les
plus importantes conservent peu de décors intérieurs, mais le
statut social élevé des
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propriétaires s'y
manifeste encore par un
escalier assez monumental: au XVIIe siècle ses volées, bordées de rampes
à balustres en plâtre et cantonnées de colonnes, tournent autour d'un
jour; au XVIIIe siècle une rampe en fer forgé protége élégamment ses
volées suspendues. La tradition de ces demeures est parachevée dans la
première moitié du XIXe siècle, plutôt sur les franges de la ville, où
l'on gagne encore un peu d'espace sur les anciennes fortifications, et
là où la reconquête urbaine s'opère au détriment des espaces religieux.
La vieille ville connaît alors un ultime sursaut de la part de
l'initiative publique et municipale qui y crée des équipements de
quelque envergure, avant de prendre le parti définitif d'implanter les
services officiels un peu plus loin hors les murs, consacrant ainsi le
glissement urbain vers la plaine.
En 1885, l'architecte Angely, directeur des travaux de la ville,
construit l'école Michelet. Le bâtiment impose au coeur de la vieille
ville l'idée républicaine d'une éducation pour tous avec une esthétique
nouvelle, faite de matériaux industriels, la brique, la céramique
émaillée pour de belles frises à dominante bleue, et la fonte pour les
piliers soutenant les arcades de la grande salle de l'étage de
soubassement. En 1888, le même architecte élève un lavoir sur le vieux
cimetière Saint-Paul. En 1908, la ville remplace la vieille chapelle
Saint-Esprit, hors d'usage, par un escalier monumental conduisant à la
nouvelle crèche-garderie.
C'est cependant la place de la République, dite aussi selon les
régimes place royale ou place Napoléon, qui rassemble les éléments du
paysage urbain du XIX' siècle le plus complet. Elle doit pourtant
l'essentiel de sa disposition au Moyen Age, puisqu'elle remplace
l'ancien jardin du couvent des frères Mineurs.
En 1763 déjà, la ville avait demandé aux Frères Mineurs, qui
refusèrent, la vente de leur jardin pour y créer une place. Il faut
attendre la vente des bâtiments conventuels en 1792 pour que ce projet
prenne forme et qu'on envisage en 1794 d'abattre le rempart qui
clôturait la nouvelle place pour dégager la vue sur la campagne
environnante et au loin sur la mer. Sa parure ornementale évolue alors
au gré des fêtes et des commémorations. On y dresse l'autel de la Patrie
et on y fête le décadi. En 1796, les nouveaux propriétaires, qui avaient
commencé à construire leurs maisons à l'emplacement du couvent (la
maison jouxtant l'église porte la date du 4 avril de cette année-là),
obtiennent le droit de planter une rangée d'arbres devant leurs façades,
la commune s'engageant à faire de même de l'autre coté de la place et à
établir une fontaine. Avant 1828, un emmarchement rattrape la dénivelée
de la place de la Rade, aujourd'hui place Georges Clemenceau, qui
s'étend en contrebas; en 1845, le sculpteur toulonnais Daumas installe
sa statue de Charles d'Anjou sur la fontaine située en haut des
marches; en 1857, on érige une fontaine à trois vasques superposées
devant l'église ; en 1861, l'architecte Jacques construit au nord de
l'église Saint-Louis le bâtiment du tribunal, dans un style éclectique
qui utilise la brique et la pierre; en 1897, on remplace la statue du
duc d'Anjou par un monument à Monseigneur Massillon, évêque de
Clermont, né à Hyères en 1663. La statue en bronze ayant été envoyée à
la fonte en 1942, le sculpteur Gabriel Antoine Cotel en exécute une
nouvelle en calcaire blanc du Gard pour le tricentenaire de 1963.
La place est toujours ombragée par deux rangées d'arbres, ce sont
aujourd'hui des platanes, et entourée de belles façades de la première
moitié du XIXe siècle, à travées régulières, ornées de portes aux
menuiseries ouvragées et de balcons aux garde-corps en ferronnerie.
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La villégiature
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Du climatisme au balnéaire
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Dès la fin du XVIIIe siècle débute pour Hyères un changement
radical dû à une nouvelle pratique qui bouleverse la physionomie de
tout le littoral méditerranéen. Le voyage à la découverte de nouveaux
paysages, d'autres façons de vivre, de hauts lieux de l'histoire
artistique existe depuis l'Antiquité. C'est en général le fait de
voyageurs isolés. La nouveauté de cette fin d'Ancien Régime et plus
encore du XIXe siècle c'est l'importance croissante que prend le
phénomène. La notion de séjour (parfois deux ou trois mois) se
substitue à celle de voyage. Le déplacement se fait avec famille et
domestiques et donne naissance à de véritables villes aux multiples
fonctions.
Hyères est souvent citée comme étant, avec Nice qui appartient
alors au roi de Sardaigne, la plus ancienne station climatique
française. Dans les années 1780, elle accueille déjà une cinquantaine
de familles venues là passer l'hiver, attirées par la douceur du
climat. Ses attraits sont mentionnés par les premiers comptes rendus
de voyages. Les hivernants appartiennent à l'aristocratie princière
européenne, essentiellement anglaise.
Après l'interruption due à la Révolution, la fréquentation reprend
sous l'Empire et la station est appréciée de Pauline Bonaparte. La
concurrence avec Nice est à l'avantage d'Hyères qui bénéficie de la
bonne desserte routière de Toulon, port de guerre important, alors que
deux semaines de voyage supplémentaires sont nécessaires pour
atteindre Nice.
Le véritable lancement de la station d'hiver a lieu vers 1830 grâce
à Alphonse Denis. Venu tout d'abord en touriste, ce riche érudit
parisien s'y installe en 1825. Maire progressiste pendant la Monarchie
de Juillet, il entreprend la transformation de la ville malgré la
frilosité des notables locaux, grands propriétaires terriens. Aidé de
l'architecte hyérois Victor Trotobas, il réalise des travaux
d'urbanisme, met en chantier les premiers lotissements et participe à
la vie culturelle de la cité en ouvrant sa bibliothèque personnelle
aux visiteurs et en faisant construire un théâtre. Lié au milieu
cosmopolite, il a épousé la nièce du baron badois Stulz, il crée le
premier temple protestant en 1854. Il est l'auteur de deux ouvrages
qui contribuent à faire connaitre la station: Promenades pittoresques
à Hyères (1853) et Hyères ancien et moderne (1882, posthume).
Jusqu'à la fin des années 1850, les hivernants, propriétaires et
rentiers, font partie de la grande noblesse internationale. Ils sont
français, anglais, mais aussi belges, russes, polonais, allemands...
Leurs loisirs sont culturels : archéologie, botanique et horticulture.
La ville manque cependant un peu de lieux de mondanités.
La première villégiature à Hyères est de type essentiellement
thérapeutique. Elle ne fait en ce sens pas exception. Le climatisme,
qui consiste a envoyer des malades dans un lieu pour les vertus
curatives réelles ou supposées de son climat, est également le fait
d'autres stations de bord de mer, comme Biarritz, Arcachon ou Cannes
(qui compte en 1883 cinq établissements hydrothérapiques), ou plus
tard de montagne. Ce phénomène s'inscrit dans la ligne des
préoccupations hygiénistes issues du XVIIIe siècle qui opposent à la
ville génératrice de maladies la bonne nature et le bon air, qui plus
est lorsque cette nature jouit de conditions climatiques favorables.
En effet, Hyères doit d'abord sa renommée aux médecins parisiens ou
étrangers qui recommandent son air pur, sec et chaud pour soigner la
phtisie et autres maladies pulmonaires. Tel le docteur Duluc de Genève
qui y envoie sa clientèle en 1775. Fleurissent alors les «Indicateurs
topographiques et médicaux». Le nombre de médecins double entre 1834
et 1896, passant de sept à quatorze. Des pharmaciens anglais
s'installent.
Comme la ville haute d'Arcachon,
c'est aussi une ville mouroir,
dont Toistoï, venu accompagner son frère qui y décède en 1860, écrit :
«On ne peut imaginer quelque chose de plus triste que cette ville,
elle est pleine de poitrinaires dont le cas est désespéré et il en
meurt chaque jour...» (cite dans Ie Bulletin des Amis du Vieux
Toulon). Si l'on examine les registres de l'état civil, on voit
qu'entre 1820 et 1880 la tranche d'age la plus touchée par les décès
chez les hivernants est celle des 15-35 ans, ce qui correspond aux
victimes de la tuberculose. Après 1880, c'est la tranche d'age des
plus de 55 ans qui devient majoritaire, c'est-à-dire que l'on retrouve
une mortalité plus «naturelle». Cela signifie que la colonie
hivernante s'est diversifiée, que la villégiature de loisir a pris le
pas sur la villégiature thérapeutique. Pourquoi? Parce que Cannes est
devenue depuis 1860 la nouvelle station climatique à la mode et
surtout parce qu'à partir du Second Empire la montagne, surtout la
Suisse, est préférée pour soigner la phtisie.
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En 1859, L'arrivée du chemin de fer à Toulon rapproche encore
Hyères de la capitale (26 heures au lieu de quatre jours et demi). Le
nombre de touristes augmente (396 familles en 1861-1862, 575 l'hiver
suivant). La clientèle devient plus bourgeoise, plus impliquée aussi
dans les affaires de spéculation immobilière locale.
Si le rattachement de Nice à la France en 1860 et sa desserte par
le train en 1864, dont la ligne passe au nord des Maures laissant
Hyères à l'écart, marquent le dépassement définitif de cette dernière,
elle n'en poursuit pas moins un développement des plus florissants. La
station est desservie par trois lignes de chemin de fer successivement
mises en service en 1875, 1890 et 1904; un hippodrome est aménagé aux
Pesquiers en 1877 et les actions de la société de publicité créée en
1885 pour attirer les étrangers portent leurs fruits. La ville
accueille 1550 familles en 1880-1881, 3000 en 1886-1887. Le séjour de
la reine Victoria en mars-avril 1892 entraîne un renouveau
d'engouement de la part des Britanniques.
En 1855-56, 42% seulement des hivernants logeaient à l'hôtel. En
1892, ils sont plus de 80%. A la fin du XIXe siècle, Hyères bénéficie
d'un équipement hôtelier haut de gamme avec cinq palaces complété en
1905 par le Golf Hôtel.
La fonction médicale connaît un nouvel essor au XXe siècle avec le
développement des sanatoriums. La création de ces hôpitaux,
majoritairement destinés aux enfants, semble presque toujours motivée
par des préoccupations philanthropiques ou caritatives. Le cas le plus
exemplaire est celui de l'hôpital Renée-Sabran sur la presqu'île de
Giens. En 1882, Herman Sabran, président du conseil d'administration
des Hospices Civils de Lyon, perd sa fille unique âgée de 9 ans,
emportée par la tuberculose. S'inscrivant dans le courant de créations
hôpitaux maritimes de l'époque, il achète à Giens, sur ses propres
fonds, un domaine de 25 hectares dont il fait don aux Hospices de Lyon
qui y construisent un sanatorium inauguré en 1892. Plusieurs pavillons
viennent s'ajouter aux constructions initiales et, au milieu des
années 1930, il accueille 700 enfants de la région lyonnaise.
La fondation de Renée-Sabran est suivie de celle de San Salvadour
(1902), de l'Institut Helio-Marin de la Côte d'Azur (1904) par
I'industriel Pechiney pour les enfants du personnel, et du
Mont-des-Oiseaux (1906), pour les adultes. En 1913, un décret
ministériel classe Hyères dans les stations hydro-minerales et
climatiques. Cette vocation héliomarine se confirme dans
l'entre-deux-guerres avec la création en 1923 du sanatorium pour
enfants de Pomponiana par l'Association des Salins de Bregille
(Doubs). Cette association avait été fondée en 1918 par le chanoine
Mourot afin de venir en aide aux orphelins de la Grande Guerre. La
première pierre de l'établissement situe en bordure de la plage de
l'Almanarre est posée en 1932. L'année suivante, l'hôpital
interdépartemental heliomarin (actuellement Leon-Berard) de l'(OEuvre
Lyonnaise des Tuberculeux est ouvert. Avec le recul de la tuberculose,
ces sanatoriums connaissent dans les années 1960 une reconversion dans
la réadaptation fonctionnelle pour adultes et l'accueil et le soin
d'enfants polyhandicapés. Aujourd'hui 3 000 personnes sont employées à
Hyères dans les établissements de santé.
Malgré l'ouverture tant attendue du casino en 1903, entièrement
restructuré en 1990-1991, le véritable déclin intervient au début du
nouveau siècle. Avec les débuts de la villégiature d'été, l'absence
d'équipements balnéaires se fait sentir. L'équipement hôtelier,
vieillissant, est boudé. La majorité des hôtels, réquisitionnés
pendant la guerre, ne rouvre pas. Pendant l'entre-deux-guerres, la
ville tente une réorientation en direction des loisirs nautiques mais
ce n'est qu'après 1945 que ces projets prennent corps.
Le port de
plaisance se développe de 1952 à 1982 et propose 1 450 anneaux. La
plage de l'Almanarre est, depuis 1988, lieu du grand prix de France de
«fun board» (qui compte pour la coupe du monde) et centre permanent
d'entraînement de l'équipe de France de planche à voile. Hyères est
classée «Station Voile» en 1990. Cette volonté de prendre place dans
le sport de haut niveau se manifeste aussi par la construction en
1989, en partenariat avec Toulon, d'un vélodrome en plein air de haute
technicité. Un anneau de vitesse en bois homologué, une piste
d'entraînement en béton, une tribune de 700 places à laquelle s'ajoute
un déambulatoire de 300 places lui permettent d'accueillir la coupe du
monde de cyclisme sur piste et d'en faire un centre entraînement
national et international. Quant à l'hippodrome, classé en première
catégorie, il occupe le deuxième rang sur la Cote d'Azur après celui
de Cagnes-sur-Mer.
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Un nouvel urbanisme?
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Dans la première moitié du XIXe siècle, la demande en logements pour
la clientèle hivernante donne naissance à une nouvelle ville, à
l'extérieur des remparts, qui vient se juxtaposer à la ville médiévale
et va peu à peu la supplanter. Les première extensions se font en
liaison avec la ville médiévale, sur l'emplacement du front sud des
remparts de la ville basse, peu à peu remplacés par des habitations et
dans le prolongement, le long de la route de Toulon. L'axe est-ouest
est privilégié. On ne souhaite pas étendre la ville vers le sud d'une
part pour continuer à bénéficier de l'abri de la colline mais également
parce que la plaine est toujours considérée comme malsaine et
inondable.
Deux places marquent alors les limites à l'ouest et à l'est de la
partie urbanisée de la route royale. Leur pourtour se construit à la
même époque. À l'est, c'est la place de la Rade (actuelle place
Georges Clemenceau). La date de son aménagement est inconnue, mais cet
espace au point arrivée de la route des Salins à la ville (il se situe
devant la porte des Salins, entrée principale de l'enceinte du XIVe
siècle) devait constituer depuis longtemps un lieu privilégié de
l'animation. La place fait l'objet en 1810-1812 de travaux divers,
dont la jonction par l'intermédiaire d'escaliers et de bassins avec
l'actuelle place de la République. À l'ouest, la place des Récollets,
située devant l'ancien couvent du même nom, présente sur une
lithographie (de Cordouan) de 1832 un aspect encore villageois.
Seule figure l'obélisque élevé la même année à la gloire du baron
Stulz. Rebaptisée place des Palmiers en 1836 après la plantation de
ces arbres, elle devient un lieu de promenade et de festivités des
plus prisés à Hyères, ce que concrétise aménagement en 1884 du jardin,
de la fontaine monumentale et du kiosque à musique. C'est actuellement
la place Gabriel-Peri.
Les constructions le long de la route royale (avenues Général-de-
Gaulle et des îles-d'Or) et autour des places répondent aux besoins de
la villégiature du moment. Ce sont des immeubles ou des villas meublés
destinés à la location, suivant encore le modèle des maisons de type
urbain, mitoyens, présentant un alignement continu de façades sur rue.
Cependant, toutes ces constructions ont un jardin à l'arrière, ce qui
justifie le nom de villa qu'elles portent déjà. De même,
c'est
l'orientation par rapport au soleil et à la vue qui définit leur
implantation, ce qui préfigure tout l'urbanisme des années suivantes.
A partir de 1848, Alphonse Denis, lotit au nord-est de
l'agglomération, la colline du Venadou et le quartier d'Orient,
inaugurant un nouveau type d'utilisation de l'espace. Rompant avec le
modèle urbain, il fait construire des villas situées au milieu de
grands jardins. En 1861, le lotissement des jardins Farnoux marque le
début de l'extension vers le sud et la création de la future avenue
Gambetta est envisagée par le conseil municipal.
En 1865, Alexis Godillot, industriel, investit dans cette
entreprise de modernisation, d'extension et de développement du
tourisme hivernal. Allié à Jean Baptiste Maurel, architecte de la
ville, puis à P. Chapoularr, il fait oeuvre de promoteur éclairé,
essentiellement dans le quartier sud-ouest où il ouvre des avenues
(Godillot, Victor-Hugo, de Beauregard etc.) dont les tracés suivent
les principes de I'urbanisme classique : perspectives, voies
rayonnantes à partir de ronds-points, patte d'oie... Sa préoccupation
va aussi à l'ornement urbain avec la réalisation de fontaines qui
proviennent des fonderies du Val d'Osne (Haute-Marne) dont il est
actionnaire. Ces avenues se bordent peu à peu de villas. Ce réseau de
voies modernes reste apprécié un demi-siècle après sa réalisation et
l'on salue alors ses «avenues bien tracées» dans un plan
d'embellissement projeté. Cette urbanisation se poursuit en direction
de la plaine, vers le quartier de la gare qui se développe a partir de
1876 en direction du jardin Olbius- Riquier créé en 1873.
Au nord-est de la ville, un autre promoteur, Joseph Tagnard,
commence en 1879 le lotissement du quartier Chateaubriand.
Il faut attendre la deuxième moitié du XIXe siècle pour que
quelques villas isolées commencent à être construites sur la colline
de Costebelle jusqu'au quartier de l'Almanarre, proche du bord de
mer. La première est en 1854 celle d'Ernest Desclozeaux, conseiller
d'État. Mais c'est surtout sous l'impulsion de Charles Lebouc et Richard
Corbett que ce quartier qui était pratiquement vierge d'habitations,
mis à part quelques cabanons et le logement du chapelain de
Notre-Dame-de-Consolation, connaît son véritable essor. Vers 1870,
Charles Lebouc, professeur de violoncelle au conservatoire de Paris,
s'y installe et fait connaître le site à ses amis musiciens, dont le
compositeur Ambroise Thomas, qui y font construire leur villa. En
1877, Richard Corbett, capitaine de l'armée des Indes, contribue à
faire de Costebelle le lieu de prédilection de la colonie anglaise.
Avec Alexandre Peyron il y réalise l'un des plus importants complexes
hôteliers du moment. Peyron, cuisinier originaire de Carqueiranne,
avait exercé son art en Angleterre où il était marié. En 1875, il
rachète à Lebouc la villa que celui-ci avait déjà transformée en
pension de famille et réalise à sa place un hôtel de luxe, l'Ermitage.
Corbett, avec la Société de l'Ermitage dont le siège est à Londres,
projette le lotissement de la colline. Associé à Peyron il fait
construire le Grand Hôtel d'Albion (1881). Un troisième hôtel, celui
de Costebelle, s'y ajoute en 1883. Ces trois établissements, réunis en
un même ensemble, et les équipements qui en dépendent, chapelle, golf,
croquet, etc. occupent tout le versant sud de la colline jusqu'à la
plage de l'Almanarre et font de Costebelle une station climatique et
sportive à part entière (qui trouve sa consécration en 1892 avec le
séjour de la reine Victoria). Il ne reste actuellement de cet ensemble
que l'Hôtel Costebelle transforme en lycée et la chapelle anglicane en
très mauvais état
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Un autre quartier de villégiature se développe à l'écart du centre
ancien, la Plage. Hyères n'est pas à ses débuts une station balnéaire
de bord de mer. La ville elle-même est située à cinq kilomètres de la
côte et, si l'on recherche sa présence visuelle, c'est son éloignement
qui fait l'une des qualités du site. Les guides médicaux précisent que
cette situation, loin des embruns, lui évite d'avoir un climat trop
«énervant". Le terme d'héliomarin témoignant des nouvelles qualités
thérapeutiques n'apparaît qu'a l'extrême fin du XIXe siècle En outre,
à l'est, le bord de mer est inhospitalier avec ses marais et
l'industrie salinière. En 1860, un début d'intérêt pour les bains de
mer amène à envisager l'éventualité d'une promenade qui relierait la
ville à la plage. Ce projet n'est pas réalisé. C'est Alexis Godillot
qui met en chantier dans les années 1870 le nouveau quartier, desservi
à partir de 1876 par une gare de la ligne Hyères-Les Salins. La station
balnéaire n'est véritablement lancée qu'à la fin du siècle
Ce développement se poursuit jusqu'aux années 1920. En 1928,
suivant en cela les directives de la loi Cornudet du 14 mars 1919,
destinée à gérer le processus d'évolution des villes, Hyères se dote
d'un plan d'embellissement. Celui-ci prend en compte le projet
d'aménagement du littoral conçu par Henri Prost en 1923 pour le Syndicat
des Communes du Littoral Varois dont Hyères fait partie. Prost
(1874-1959), architecte, Grand Prix de Rome, venait alors de passer
dix années au Maroc auprès de Lyautey, au cours desquelles il avait
conçu les plans d'aménagement et d'extension de Casablanca, Rabat et
Fès. L'essentiel de son travail portait sur l'importance du paysage
comme ressource économique d'une région, la prise en compte des
nouvelles conditions de la circulation automobile et la nécessité de
maîtriser la poussée urbaine.
Les grandes lignes du projet hyérois s'inscrivent tout à fait dans
ce cadre. Les richesses de la ville Hyères sont alors la villégiature
d'hiver et l'agriculture. Mais il y a nécessité de réorienter le
tourisme vers la période d'été par la valorisation des nouveaux lieux
d'accueil que sont les plages, la presqu'île de Giens et les îles. Le
point fort porte sur la redéfinition du système de circulation qui ne
peut plus être laissé au hasard. Il s'agit avant tout de désengorger
le centre. La traversée de Hyères se fait encore par l'ancienne route
royale qui est devenue la rue principale (avenues Général de Gaulle et
des îles d'Or). Le plan d'embellissement propose de déplacer la route
nationale un peu plus au sud et de créé un réseau routier accessible
aux automobiles dans la partie haute de la ville. Trois boulevards de
corniche sont projetés, l'un au nord de la villa Noailles, l'autre au
niveau de la place Saint-Paul, l'inférieur traversant la vieille ville
en induisant des démolitions. Ils devaient allier aux nécessités de la
circulation le plaisir d'un «panorama splendide», les riverains étant
tenus de faire des murs de clôture à claire-voie.
Quant aux recommandations de Prost sur la nécessité de maîtriser la
poussée urbaine pour conserver un développement harmonieux, elles se
traduisent à Hyères par une attention portée à l'environnement et au
patrimoine : conservation des plaines destinées à la culture florale
horticole et primeuriste, conservation des coteaux et des réserves
boisées ainsi que des vestiges anciens et archéologiques, prohibition
des usines malodorantes et bruyantes et des sanatoriums, conservation
des immeubles présentant un intérêt architectural.
Pratiquement rien n'a été réalisé de ces projets ambitieux, mis à
part le prolongement de l'avenue Geoffroy Saint-Hilaire en direction
de la plage. Le véritable désengorgement de la ville n'a eu lieu qu'au
début des années 1980 avec la mise en service de la voie Olbia,
tronçon de la voie rapide reliant Toulon à Saint-Tropez, qui contourne
la ville par le sud. L'extension de la ville s'est faite dans les
années 1960-1970 vers le sud et l'est. Les lotissements de villas du
Gros Pin et du Parc de la Marquise assurent le lien avec le quartier
de la gare. A l'est, les quartiers du Pyanet et du Val des Rougières
mêlent HLM, immeubles plus ou moins résidentiels et habitat
pavillonnaire. Les réalisations des vingt dernières années se situent
de part et d'autre de la voie Olbia sous la forme d'ensembles
résidentiels et d'hôtels. Parallèlement, de nombreux programmes
immobiliers sont réalisés dans toutes les zones non agricoles
(collines) du sud de la commune.
Pendant un siècle et demi de croissance urbaine liée jusqu'à la
deuxième guerre mondiale presque exclusivement à la villégiature, le
programme architectural dominant est celui de la villa. Les grandes
villas de la deuxième moitié du XIXe siècle sont conçues pour vivre
avec une domesticité importante et sont entièrement déterminées par
les nécessités de villégiature d'hiver : ensemble des pièces au sud,
loggias, belvédères, bow-windows. Malgré leur utilisation limitée à
une partie de année, elles témoignent de préoccupations de confort et
de modernité. Le style est celui d'un éclectisme classique. Certaines,
comme les villas mauresques, tendent vers plus d'exotisme. Trop de
fantaisie est déjà mal perçu; ainsi lit-on en 1861: «...
coquetteries, [...] tarabiscotages [...] fioritures décoratives des
villas et des édifices nouveaux... ». La grande majorité d'entre
elles a été construite entre 1865 et 1880. A partir des années 1920,
avec le développement du tourisme été et les changements de mode de
vie, elles deviennent plus petites, plus individuelles, d'un style
plus régionaliste. La modernité, introduite à Hyères par Charles et
Marie-Laure de Noailles, qui demandent en 1923 les plans de leur villa
à Robert Mallet-Stevens, n'a que peu d'influence jusqu'à la fin des
années 1950, où pendant une brève période de quelques années, des
villas de «bord de mer» renouvellent les formes de l'habitat
individuel.
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Au fil des siècles, Hyères à
bénéficié des atouts d'un terroir riche et d'une position maritime
favorable, la terre et la mer jouant alternativement le rôle
prééminent. Olbia, place forte massaliote, occupant une position
stratégique au point de passage entre deux rades importantes,
participe au dispositif de défense en
Méditerranée. Si, au Moyen Age, s'opère un repli vers une position
fortifiée à l'intérieur des terres, c'est cependant en grande partie
de ses salines que le bourg tire sa richesse. A partir de la
Renaissance, commence à se développer une agriculture favorisée par
d'importants travaux aménagement hydraulique et des conditions
météorologiques permettant des cultures (agrumes...) qui lui assurent
un quasi-monopole jusqu'au milieu du XIXe siècle Au XXe
siècle, le «tourisme-roi» a pleinement bénéficié de ses 114 km de
côte.
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Aujourd'hui, richesse terrienne et maritime sont
en équilibre. Hyères occupe
une position de tête en ce qui concerne la floriculture, la
viticulture et la culture du palmier. La mer continue à attirer un
nombre important de vacanciers avec des points forts comme le nautisme
- le port Saint-Pierre est le plus grand port de plaisance du
département - et la recherche de côtes sauvages sur les îles protégées
par le pare national.
Bien desservie par le TGV et l'autoroute
(à travers les barrières montagneuses, l'autoroute A57 d'accès et de
désengagement des zones côtières est rarement saturée), Hyères possède
aussi le seul aéroport (TLN)
de la Côte d'Azur varoise. C'est une ville aux
fonctions multiples possédant à la fois un patrimoine antique et médiéval
et un centre de création
contemporaine, la villa Noailles.
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Chantecler logo
(design by Salima Bentchicou-Gonord,
Architecte DESA)
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